ART | EXPO

Shuffling Cards

15 Nov - 30 Jan 2013
Vernissage le 15 Nov 2012

Mouvement aléatoire des cartes. Pour la 3e édition de «L’Autre bord», rendez-vous annuel consacré à la création contemporaine internationale et méditerranéenne, la commissaire Cécile Bourne-Farrell interroge les notions d'archive et de transmission, notamment en Afrique, où ces questions sont au cœur des préoccupations.

Mohssin Harraki, Katia Kameli, Farah Khelil, Grace Ndiritu, Otobong Nkanga, Catherine Poncin, Karim Rafi, Andrea Stultiens, Achraf Touloub, James Webb
Shuffling Cards. Mouvement aléatoire des cartes

La relation que l’hexagone entretient avec le continent africain exclut souvent drastiquement la dimension de la mémoire comme vecteur de transmission de savoirs. Cette réduction engendre des simulacres culturels facilement exploités. Les choix de Cécile Bourne-Farrell pour cette exposition «Shuffling Cards» portent sur la façon dont certains artistes entretiennent et s’approprient la notion d’archive et de transmission.

Comment adaptent-ils et restituent-ils celles-ci dans leurs travaux? A partir de leur propre vécu plus ou moins lointain du continent africain? Comment ces archives au sens large du terme sont constitutives de leurs œuvres? Les situations instables de cette partie du monde et les désirs de changer le cours de l’histoire ont provoqué des changements de paradigmes dans les récentes révolutions du monde arabe, loin d’être achevées: les enjeux se déplacent et donc les cartes bougent!

Dans Le Choc des révolutions arabes (Autrement, 2012), l’historienne Erika Nimis parle d’un problème crucial en Afrique, celui des archives. Dans sa conférence donnée le 7 octobre 2011 au Musée du Quai Branly dans le cadre du colloque « Le Studio et le monde » qui reprend son sujet de recherche « Archives et création photographique contemporaine en Afrique », Erika Nimis tente d’éveiller les consciences sur ces documents qui sont souvent inexistants, détériorés ou alors hors du continent. Les professionnels en Afrique travaillent de plus en plus avec du matériel vétuste engendrant de mauvaises conditions de conservation. Ce qui crée de sérieux problèmes à la transmission aux générations présentes et à venir, d’autant que l’on note une raréfaction de l’oralité.

Que font les artistes face à ces archives souvent accaparées ou négociées entre les forces au pouvoir? Qu’ont-ils à nous dire sur ce sujet?
Si la photographie a été un des outils essentiels pour lutter contre une vision univoque imposée par l’Occident, ce médium participant au «décloisonnement» des regards, aujourd’hui d’autres modes opératoires sont utilisés par les artistes. Nombres d’entre eux empruntent ainsi des méthodes propres à d’autres domaines d’investigation comme celui de l’anthropologie, de l’histoire ou de l’urbanisme en scrutant dans des archives familiales ou publiques des traces sonores, médiatiques, des documents ou des gestes significatifs.

Pour les artistes présentés dans cette exposition, il ne s’agit pas seulement de travailler à partir de traces papier ou d’images, de témoignages oraux, d’extraits de journaux ou d’images sur You tube mais de procéder à la réactivation de tout ce qui sera propice à la narration et à l’imagination tout en maintenant une certaine mise à distance avec l’actualité. Cette nouvelle façon de réunir les artistes les éloigne d’un certain exotisme ou paupérisme dans lequel ils sont souvent confinés, sur le continent et en dehors, Marseille n’échappant pas à cette dynamique.

L’artiste soudanais Hassan Musa publiait en 2002, dans le numéro des Temps modernes consacré aux «Afriques du monde», un texte intitulé «Qui a inventé les Africains?», où il conclut: «Peut-être que, pour nous rapprocher de la réalité que vivent les Africains aujourd’hui, il est temps de regarder cet autre art que les Européens ignorent: celui de la survie». Longue vie à la mémoire, c’est elle qui porte les fruits du présent à exposer.

Cécile Bourne-Farrell
a suivi la formation des médiateurs de l’École du Magasin de Grenoble et a été formée par différents artistes à la production de leurs œuvres en Afrique, Asie et Europe. Après avoir travaillé 7 ans à l’Arc/Musée d’Art Moderne, comme adjointe de conservation, elle organise depuis des projets culturels pour des collectivités publiques et privées. Médiatrice pour la mise en place des Nouveaux Commanditaires en Espagne durant 5 ans, elle est basée à Saint-Ouen (93) et travaille pour www.chooseone.org.

Evénements:
— Lecture-performance de Karim Rafi le jeudi 15 novembre à 18h.
— Visites commentées de la commissaire Cécile Bourne-Farrell les 30 novembre et 30 janvier à 18h.

L’exposition bénéficie du label Marseille Provence Capitale européenne de la Culture en 2013
En collaboration avec le réseau Marseille expos