DANSE | SPECTACLES

Short Fantasy About Reclaiming the Ownership Over My Own/ Temporary/ Cara Pintada

29 Mai - 31 Mai 2012

Trois solos composent cette soirée au Colombier. La croate Marjana Krajač interroge la notion d’être «propriétaire de son corps», l’israëlienne Iris Erez joue des apparitions et disparitions en une mise au jour des incidences du temps sur notre identité, et, enfin, l’espagnole Janet Novás joue du désiquilibre pour toucher l’essence de l’émotion.

Marjana Krajač, Iris Erez, Janet Novás
Short Fantasy About Reclaiming the Ownership Over My Own/ Temporary/ Cara Pintada

Marjana Krajač, Short Fantasy About Reclaiming the Ownership Over My Own Body
«Mon corps ne m’appartient pas. Je l’utilise, je perçois le monde à travers lui. Cependant, aussi essentiel que puisse être mon corps pour ma propre existence, je ne suis pas propriétaire de lui. Il est contraint par des protocoles, une architecture, une structure spatiale, les autres corps, l’éducation, l’apprentissage de la danse, la survie physique, la survie économique, la survie émotionnelle, la douleur». Partant de ce postulat, Marjana Krajač envisage la pratique chorégraphique comme «le lieu où récupérer le corps pour un temps et un espace limités afin de le posséder complètement».

Cela se traduit par un solo dans lequel la danseuse hésite entre plusieurs postures, plus ou moins adaptées à son environnement scénique et sonore. Sous le regard d’une photo immense projetée en fond de scène et représentant des gens en attente, angoissés, et des policiers casqués (prise lors d’une manifestation de protestation contre l’appropriation illégale d’un espace public par une entreprise privée), Marjana Krajač pratique ainsi une danse qui sans oublier la virtuosité du mouvement, l’élan, s’interroge sur elle-même. Vêtue d’une jupe bleue et d’un teeshirt rouge qui évoquent la figure de la ballerine, elle semble parfois se demander ce qu’elle fait là, regardant son corps comme un étranger qui nécessite un apprentissage – ou un « déprentissage ». À la fois très centrée sur elle et en regard des spectateurs et de la photo, Marjana Krajač cherche à exposer, de façon légère et sensible, la nécessité de résister à son environnement pour reprendre possession de soi-même.
Laure Dautzenberg
Conception, chorégraphie, interprétation: Marjana Krajač
Dramaturgie: Marko Kostanic
Lumières: Bojan Gagic
Graphisme: Valentina Toth
Photographie: Gordana Obradovic-Dragisic
Réalisation, production, partenaires Croatian Institute for Movement and Dance, Zagreb Dance Center, Danceweek Festival, Teatro Viriato Viseu Portugal, RE.AL Lisbon, dans le cadre du W-Est_Where
Programme, Ministry of Culture of Republic Croatia and City Office for Culture Zagreb, Sodaberg, Tanzfabrik Berlin.
Remerciements João Fiadeiro, Una Bauer et libela.org
Durée: 25 minutes

Iris Erez, Temporary
Un corps avance, portant un amoncellement de vêtements qui le cache. Les pieds se tordent, le corps bouge, les vêtements tombent les uns après les autres. Le corps se révèle peu à peu, d’abord de dos, puis il finit par faire face au public, frontalement. Ce mouvement d’apparition/ disparition est emblématique de ce qui est en jeu dans le solo de la chorégraphe israélienne Iris Erez qui manie les contraires, les oppositions, les effets de ruptures. Ici le corps est tour à tour fragile et puissant, blessé et triomphant, provoquant et emprunté : dans tous ses états. Une voix fluette chantonne la gamme tandis que le corps se déhanche. Le visage s’écrase au sol tandis que les bras battent des ailes, un vêtement est coincé entre les cuisses pour une course éperdue sur le plateau, entre provocation et malaise sexuel, la danseuse fait le geste de se donner des gifles dans une énergie éperdue, se transforme en femme enceinte grâce à un vêtement glissé sous son tee-shirt. Si la chorégraphe définit sa pièce comme « la tentative de capturer le temps à travers le paradoxe de la destruction et de la construction », on peut aussi y voir la tentative de saisir et d’interroger une identité aux prises avec des sensations multiples, « temporaires », qui joue avec elle-même autant qu’avec le regard de l’autre, du spectateur.
Laure Dautzenberg
Chorégraphie Iris Erez
Interprétation Maya Weinberg
Musique Hanayo, Vanessa Paradis
Edition musicale Jeremy Berenheim, Yaniv Mintzer
Production Sharon Aloni
Lumières Tamar Orr
Avec le soutien des services culturels de l’Ambassade d’Israël en France
Durée: 17 minutes

Janet Novás, Cara Pintada
Janet Novás se présente seule sur scène, dans un espace presque vide. Une robe rouge, quelques cadres et une grenouille sont les éléments qui l’accompagnent. Au début, tout semble décousu, sans aucun sens, mais petit à petit commence à se construire un monde personnel, un monde magique entre fiction et réalité. Il s’agit d’un voyage imaginaire à travers les objets, les voix, les musiques, les lumières et les ombres. Une grenouille de fer devient l’élément à imiter, la raison de respirer, d’adapter et d’adopter un geste… Un éclat de rire répétitif se défait, devient absurde, désagréable et comique pour se convertir finalement en une danse déchirante et euphorique. De la poussière dorée sur son visage et la voilà changée en une espèce de Cléopâtre.
Dans ce travail, je me suis intéressée à parler de l’essence des émotions, et des motivations qui animent les êtres humains. Je suis une obsession, garder mon corps en vie, vibrant, constamment à la recherche des contraires pour échapper à l’équilibre. Cet équilibre qui s’étire dans le temps et ne m’offre rien en retour. Le corps est présenté dans ce cadre comme un objet, comme un navire vide prêt à être rempli, chargeant et tournant jusqu’à ce qu’il perde sa forme et son contenu disparaisse. Les espaces, la musique, les voix, les objets, les lumières et les ombres sont intégrés dans ce jeu imaginaire s’étendant au corps, traduisant ainsi les histoires et les émotions qui surgissent en elle, tombant dans un état proche de l’absurde, du ridicule et surréaliste; ne donnant aucun élément narratif. Voici la conviction sur lesquelles reposent mes actions, ce qui fait sens pour moi, sans jugement, sans même en attendre aucun résultat. Les émotions sont mélangées, fondues et confondues, il n’y a pas de limites pour ressentir ce qui se passe sous la peau.
Janet Novás
Idée et conception Janet Novás
Interprétation Janet Novás
Assistant Ricardo Santana
Musique originale Haru Mori
Costumes Juana Rodr íguez
Lumières Pedro Fresneda, Antón Ferreiro
Régisseur Paloma Parra
Photographies Piti Prieto, Juan Adrio
Vidéo Tía Mardalina
Collaborat ion Provisional Danza, Madrid, Centro Cultural García Lorca, Bruxelles
Durée: 53 minutes.