ART | EXPO

Shirley Jaffe et Giuseppe Gabellone

29 Juin - 21 Sep 2008
Vernissage le 28 Juin 2008

Le Domaine de Kerguéhennec confronte deux univers artistiques différents, les peintures colorées de l’américaine Shirley Jaffe aux sculptures sobres de l’italien Giuseppe Gabellone.

Shirley Jaffe et Giuseppe Gabellone
Shirley Jaffe et Giuseppe Gabellone

Pour l’été 2008, le Domaine de Kerguéhennec a conçu deux expositions indépendantes mettant en regard le travail de deux artistes que ne séparent que 50 ans de différence d’âge.

L’Américaine Shirley Jaffe, née en 1923. Et l’Italien Giuseppe Gabellone, né en 1973.

Tous deux vivent à Paris où ils ne se sont pas encore rencontrés. Jaffe depuis 1949. Gabellone depuis deux ans à peine.
Jaffe est peintre. Gabellone, sculpteur, même quand il est photographe.

Leur rapprochement est hasardeux mais leurs chemins se sont pourtant déjà croisés à Kerguéhennec lors de l’exposition « Chers Amis », en 2006.

Les deux extraits d’entretien ci-après vous présentent sommairement l’esprit et le caractère de ces deux artistes remarquables.

Ces entretiens figurent intégralement dans deux catalogues à paraître cet été aux éditions du Domaine de Kerguéhennec.

Shirley Jaffe

Shirley Jaffe est née en 1923 à Elisabeth dans le New Jersey, Etats-Unis. Elle a étudié à la Cooper Union School of Art de New-York et à la Philips Art School de Washington. Elle s’installe en France en 1949, où elle vit et travaille encore aujourd’hui. En 1963-64, elle est boursière de la Ford Foundation à Berlin. Ses œuvres sont présentes dans de nombreuses collections publiques parmi lesquelles le Museum of Art Modern Art de New York, le Mnam/Centre Pompidou…

Shirley Jaffe est représentée par les galeries Nathalie Obadia, Paris, Greta Meert, Bruxelles, Brigitte Weiss, Zurich, Tibor de Nagy, New York.

Cette exposition est organisée en collaboration avec le Frac Auvergne.

Frédéric Paul – Se peut-il qu’une partie d’un de vos tableaux soit achevée avant une autre ?

Shirley Jaffe – Chaque partie est importante pour moi et indispensable pour l’ensemble. Si des éléments sont indépendants, c’est peut-être une bonne raison de ne pas montrer un tableau inachevé ! Mais oui, il est possible que l’accent d’une partie d’un tableau soit à un certain moment plus fort que le reste. Cela peut être à l’endroit où je suis le plus avancée par rapport au reste où j’ai encore plein de réglages à faire. Comme je m’autorise une grande flexibilité, il peut arriver que cette partie de la toile qui se détache du reste soit ensuite détruite dans l’achèvement de la toile en question.

F.P. – Avez-vous une conception globale du tableau avant de le commencer ?

S.J. – Oui j’ai une idée générale pour chaque tableau, mais elle peut évoluer de façon inattendue. Le format, la dimension d’une toile influencent certainement la construction initiale qui me reste toujours présente à l’esprit quand je travaille, mais une fois encore, je suis toujours à l’affût d’événements inattendus.

F.P. – Mais où « pêchez »-vous les formes que vous utilisez ?

S.J. – Il y a des moments où quelque chose que je vois offre une solution possible pour un tableau sur lequel je peux être en train de travailler. Je suis toujours à l’affût de cet événement. Cela peut arriver quand un tableau semble terminé, et alors… Il y a un tableau plus ancien, « The Door », de 2002, qui m’est venu grâce à la juxtaposition d’une scène vue dans une cour ou d’une branche qui dépassait des autres sur le quai de la Seine vers la Tour Eiffel. Des événements banals qui peuvent inspirer mon appétit visuel. On a toujours à l’esprit le tableau qu’on a laissé en chantier dans l’atelier.

F.P. – Jusqu’à quel point pouvez-vous rester fidèle à l’un de ces « motifs » ? Et y en a-t-il que vous vous interdisez d’utiliser ?

S.J. – Rien, c’est-à-dire aucune forme n’existe pour moi de façon isolée. Les interactions sont essentielles. Il y a des motifs suggestifs que je vois, que je voudrais utiliser, mais je n’y parviens pas. Ces éléments sont habituellement des mouvements, peut-être des motifs. Ils entrent tôt ou tard dans notre vocabulaire. Je suis parfois influencée par l’esprit d’autres travaux.

Frédéric Paul et Shirley Jaffe. « Je travaille quand je peux, de préférence la journée, Une Conversation – 22 janvier – 16 février 2008 » (à paraître dans la monographie publiée prochainement sur l’artiste par le Domaine de Kerguéhennec)

Giuseppe Gabellone
Giuseppe Gabellone est né en 1973 à Brindisi en Italie. Il a étudié à l’Academia de Belle Arti à Bologne de 1992 à 1994 et à l’Academia di Brera à Milan de 1994 à 1996. En 1997-98, il est en résidence à Delfina Studio Trust, à Londres ; en 2002, à Art Pace, à San Antonio aux Etats-Unis. Ses seules expositions personnelles en institutions ont eu lieu au Frac Limousin (1999), à la Fondation Sandretto Re Rebaudengo (2000) et au Museum of Contemporary Art de Chicago (2002). Il a participé à la Documenta de Cassel (2002), à la Biennale de Venise (2003) et à la Biennale d’art contemporain de Lyon (2003).

Giuseppe Gabellone est représenté par le Studio Guenzani, Milan, la galerie Emmanuel Perrotin, Paris, Miami, la galerie GreenGrassi, Londres, coéditeurs du catalogue à paraître. Il expose également chez Martin Janda à Vienne (Autriche).

Frédéric Paul – La figure humaine entre pour la première fois comme motif principal dans votre travail. D’où vous est venu le désir d’en découdre avec elle ?

Giuseppe Gabellone – On est confronté à une masse de représentations déjà existantes quand on travaille sur une sculpture reprenant la forme humaine. Et l’on peut tirer un avantage ou un désavantage de toutes celles qui ont été faites auparavant. En général, s’il y a bien un « besoin » que je ressens devant un sujet spécifique, c’est d’abord celui de faire abstraction de toute considération historique et biographique propre et d’établir avec lui une relation la moins affective possible. J’ai conçu [c]es sculptures comme si elles étaient des figures « vides », comme des boîtes anthropomorphes faites en acier.

Le seul sentiment qu’elles peuvent éveiller doit découler de leur simple existence, c’est quelque chose qui me rappelle une sensation d’éloignement. J’ai fait ces sculptures comme si elles étaient de petits monuments, et en vérité les monuments sont plutôt inhumains…

F.P. – Comment faites-vous pour développer une œuvre consistante, solide et unique en son genre, qui est la vôtre et reconnaissable comme telle, mais qui est la somme de travaux d’apparences si différentes ? Là est la véritable question. Est-ce quelque chose que vous vous êtes imposé comme une stratégie ?

G.G. – Mon travail est tout sauf stratégique. Je produis peu, j’investis beaucoup et chaque fois qu’on commence à comprendre ce que je suis en train de fabriquer, je change de direction…

Depuis mes premières expositions, j’ai toujours pensé que la première chose que doit faire un artiste, c’est de préserver le maximum d’espace pour échapper aux classifications faciles données par un milieu artistique souvent vorace, et c’est par-dessus tout de gagner en flexibilité, de façon à pouvoir se saisir de toute sorte de références et d’outils, de la façon la plus ouverte possible. Cette nécessité première est devenue une méthode de travail qui me permet de développer entre mes différents œuvres un lien d’affinité décelable par intuition, mais qui n’est jamais démonstratif.

F.P. – Au début de cet entretien, vous disiez que vos nouvelles sculptures avaient été conçues comme de petits monuments ? Pouvez-vous en dire plus ?

G.G. – Je m’intéresse aux monuments à cause de l’impression de confinement qui peut s’en dégager. En fin de journée, même quand ils sont au centre d’une place publique, les monuments sont souvent désertés mentalement, et peut-être prenons-nous ainsi une petite revanche par rapport à leur imposante présence destinée à servir et protéger l’idée de nation.

Je suis en particulier fasciné par la tonalité teintée d’échec et de délabrement qui est si typique des monuments du XXe siècle, et c’est cette sensation que j’essaie de communiquer dans mes photos.

Cet été, à Linosa, une petite île au milieu de la mer Méditerranée entre la Sicile et l’Afrique, alors que je marchais le long de la côte, je suis soudain tombé sur un énorme monument (œuvre de Consagra, je crois) qui émergeait des rochers comme si c’était un buisson.

Frédéric Paul et Giuseppe Gabellone. « Une Conversation – 29 janvier – 13 avril 2008 (à paraître dans la monographie publiée prochainement sur l’artiste par le Domaine de Kerguéhennec)

Ouverture

11-19h, tous les jours sauf lundi. Entrée libre.

Publications
Shirley Jaffe, « Networking… », contributions, textes: Eric Suchère, Frédéric Paul. Interview Shirley Jaffe/Frédéric Paul. Français/anglais. 24 x 18 cm, hard-back 128 pp., 45 ill. coul & 12 noir.

Giuseppe Gabellone, « Giuseppe Gabellone », textes: François Piron. Interview: Frédéric Paul. Français/anglais. 33 x 23 cm. Paper-back, 98 pp., 30 ill. coul.

Evénement
Dimanche 7 septembre à 16h
Dédicace des ouvrages par Shirley Jaffe et Giuseppe Gabellone.