ART | CRITIQUE

Seven Corridors

PFrançois Salmeron
@16 Déc 2015

Pour fêter les dix ans du Mac Val, Seven Corridors suit sans surprise les principes géométriques et relativement austères chers à François Morellet. Mais plutôt que de fonctionner comme un labyrinthe, ce qui est pourtant sa prétention, l’œuvre cubique est traversée par des couloirs qui apparaissent comme autant de chemins qui ne mènent nulle part.

On ne présente plus François Morellet, l’un des artistes français les plus en vue de la scène contemporaine depuis les années 1950. Son installation in situ, Seven Corridors, réalisée pour les dix ans du Mac Val, suit sans surprise les principes géométriques, et relativement austères, chers à l’artiste. Toutefois, sa figure fétiche, le carré, que l’on retrouve à travers Carrément décroché n°1 en prélude à «L’Effet Vertigo», exposition collective qui fête aussi l’anniversaire du Mac Val, se trouve ici mis en volume dans une installation occupant les 1350m2 de la salle d’exposition temporaire de l’institution.

Seven Corridors se définit ainsi comme «un tableau mis en 3D» dans lequel nous sommes invités à déambuler. L’œuvre apparaît surtout comme un «white cube» traversé de bandeaux noirs incrustés sur le sol, dessinant des couloirs (sept au total, d’où le nom du projet de François Morellet). Ces bandes noires se projettent également sur les murs de la salle d’exposition, esquissant des X, des Y, et nous drainent vers l’intérieur du cube. Elles nous invitent donc à suivre leurs traces et à nous engouffrer dans l’installation, qui a la prétention de fonctionner comme un «labyrinthe».

Hélas, le terme nous paraît beaucoup trop fort pour désigner une structure dont la rigueur, la sobriété, et les dimensions, en font certes une installation à traverser, à parcourir, mais dans laquelle nos repères physiques et visuels ne sont jamais véritablement bouleversés. Rien ne nous déboussole. Notre sens de l’orientation demeure sûr. Même lorsque nous nous engageons dans une allée, nous en percevons toujours la fin. Nous voyons toujours le bout du couloir. Rien à voir avec un labyrinthe à proprement parler, où le visiteur se trouve égaré, englouti dans des dédales chaotiques et inquiétants.

On commence donc par se situer à la croisée des chemins. Deux allées principales s’ouvrent à nous, sitôt que l’on a franchi le seuil de la salle d’exposition. Le cube est découpé, décomposé suivant un travail analytique assez froid. En réalité, François Morellet et ses assistants ont disposé deux suites alphabétiques le long des murs du cube. Puis ils ont tracé des lignes entre les lettres composant le titre même de l’installation, Seven Corridors, formant au final ces sept couloirs qui creusent le cube.

Si, architecturalement, le couloir est censé relier des espaces, ou figurer une transition entre deux pièces, ici les corridors fonctionnent comme des passages à vide. Le cube est traversé de courants d’air. Les couloirs sont des chemins qui ne mènent nulle part. En fait, nous avons la sensation d’être toujours en bordure de l’œuvre. Nous n’arrivons pas à nous sentir immergés dans la structure. On a l’impression d’être quasiment hors du cube, toujours prêts à en être rejetés.

L’intérêt principal de l’œuvre consisterait alors à se placer justement à l’extérieur du cube, à tourner autour de sa structure, et à percevoir les différents modules blancs qui se juxtaposent et forment ce carré. Mais plutôt que d’évoquer une déambulation possible, ou d’éveiller un sentiment de perte ou de complexité par rapport à l’espace parcouru, l’installation semble se contenter d’imbriquer des formes géométriques simples dans un espace neutre, homogène, clinique.

Œuvres
— François Morellet, détails de la maquette préparatoire de l’exposition «Seven Corridors», Mac Val 2015.
— François Morellet, Reflets dans l’eau déformés par le spectateur, 1964. Bois, contreplaqué, néons, métal et eau. 240 x 108 x 108 cm.