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Seuil critique, juste au bord. 1908-2008

22 Jan - 14 Mar 2009
Vernissage le 31 Jan 2009

L'exposition "Seuil critique, juste au bord. 1908-2008", avec Nancy Burson, Arnaud Claass, Clegg & Guttmann, Felten-Massinger, Robert F. Hammerstiel... Les oeuvres montrent ici l’état critique, le seuil limite, le moment où tout bascule, sans que l’on sache pourquoi, ni comment, ni vers quoi, cette sorte d’aspiration par l’inconnu, le hors champ, le vide ou la monstruosité.

Nancy Burson, Arnaud Claass, Clegg & Guttmann, Felten-Massinger, Robert F. Hammerstiel, Noëlle Hoeppe, Guillaume Léingre, Guillaume Lemarchal, François Méchain, Bernard Plossu, Eric Rondepierre, Jacqueline Salmon, Otmar Thormann, Bauhaus, Fred Boissonnais, Walker Evans, Robert Franck, Pierre Jahan, André Kertesz, Arthur Rothstein, Albert Rudomine, José Maria Sert et Willy Zielke
Seuil critique,  juste au bord. 1908-2008

Après une courte reprise de l’exposition personnelle de Guillaume Lemarchal, s’ouvre une proposition thématique en reflet du contexte actuel, avec « Artistes contemporains et photographies historiques », puis se développera une suite d’expositions monographiques, qui n’interdiront pas des échappées ou des évènements ponctuels.

Le temps de la contemplation n’est plus de mise, mais ce n’est pas une raison pour avoir des pannes de regard et demeurer à l’écart d’œuvres qui constatent les dérives, les blessures, les tétanisations du monde. Car c’est à partir de ces tranches de réel prélevées par des artistes à la fois lucides, humbles et implacables que peut s’engager le vrai travail de la conscience. Observer en restant au bord des choses, les appréhender, les ressentir, puis choisir l’inertie en les acceptant, ou au contraire se dresser en entreprenant de justes révolutions.

Cela grâce à cette simple conscience d’être au monde qu’en délivre la vision d’artistes dotés d’une mission de clairvoyance et des moyens plastiques et sensibles pour exprimer leur pensée visuelle des choses avec une force de frappe infaillible.

Au-delà de considérations relevant plutôt d’une certaine éthique dans l’économie artistique lorsqu’il s’agit de produire des objets esthétiques puissants par la photographie, on voit que le contexte, le cadre, le genre, sont secondaires, à l’examen de la diversité des champs dont les artistes s’emparent pour en relever la faille de normalité, la perte de substance ou de sens, la tension proche de la rupture, ou encore toute une épidémie de désordres, de dégradations, de vices.

Ils montrent l’état critique, le seuil limite, le moment où a déjà disparu l’intégrité antérieure, où tout bascule, sans que l’on sache pourquoi, ni comment, ni vers quoi, cette sorte d’aspiration par l’inconnu, le hors champ, le vide ou la monstruosité.

Il s’agit de traduire par l’image les phénomènes engendrés par des forces contraires : rétention en opposition à éclatement, maîtrise face à dérèglement, freinage, voire marche arrière, avant emballement, volonté d’ordre en antidote à entropie.

Que leur terrain d’exercices soit en pleine nature, dans la touffeur urbaine, ordinairement quotidien ou repéré par l’histoire, et que l’état de crise soit structurel, social, politique, sentimental ou psychique. Ou même que seules soient en jeu la guerre des formes et celle des goûts, avec toutes leurs controverses à propos de beauté, de modernité, d’inspiration, de censure…

Le langage visuel peut être direct, d’une efficacité brutale, subliminal ou métaphorique, naturel et dépouillé, ou plus recherché en recourant à des esthétiques complexes. Mais quelle que soit sa forme, l’enjeu majeur est de porter  à notre connaissance les choses du monde et les questions essentielles qu’elles posent, tout en influençant leur réception.

Si l’artiste a rarement le pouvoir de changer leur destin, il dispose souvent de la clarté de vue, des ferments et des facteurs d’énergie pour en favoriser la mutation et ouvrir des voies de renaissance vers d’autres formes, d’autres statuts, c’est en cela qu’il est visionnaire et met à notre portée une sorte de sacrement du regard.