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Sète 2008

PEtienne Helmer
@08 Oct 2008

Comment voir une ville au plus près ? Dans son portrait de Sète, Anders Petersen laisse la ville apparaître, à la croisée du réel et de l’imaginaire, dans sa matière, sa vie trouble, ses pulsations secrètes.

C’est un singulier portrait de ville qu’Anders Petersen nous offre dans l’exposition que la Galerie VU consacre à ses photos de Sète. Il ne s’agit ni d’une vision épurée de curiosités architecturales ou patrimoniales, ni d’une investigation sociologique dans le style documentaire, mais d’une plongée au cœur de la matière de cette ville, de sa vie trouble, de ses pulsations secrètes.
Comme une déambulation un peu ivre où le soleil éclaire autant qu’il aveugle. Les situations anecdotiques ou objets triviaux — un poisson qu’on exhibe face à l’objectif, des corps prêts à s’aimer ou se battre, des visages durs, parfois las, des façades tristes, des murs aveugles — ne sont pas matière à reportage mais composent une sorte de vision hallucinée, à laquelle contribuent le jeu sur le grain de l’image, ainsi que les forts contrastes entre le noir, très opaque, et le blanc, argenté et sourd.

Le travail sur le grain — dans le regard effrayant d’un chat prêt à bondir, dans la fourrure d’un chien en premier plan — trouble le rendu des matières, et perturbe l’identification des objets, comme sur ce poisson dont la peau argentée devient un motif autonome qu’on peine à reconnaître immédiatement.
Les jeux formels à la limite de l’abstraction — tuyaux serpentins, mur d’escalade où le noir et le blanc forment des motifs géométriques — contribuent à brouiller les frontières entre ce que le visible propose et ce que l’imagination projette.

Le photographe joue de l’inquiétante étrangeté du familier, et le pousse à la limite du malaise. La photo d’un poulpe incongru sur des carreaux de faïence mouillés ou celle d’un homme dans un champ, vêtu d’un pull noir et dont la tête demeure inexplicablement invisible, résument à elles seules cette atmosphère singulière.
La photographie d’Anders Petersen reste au plus près de l’errance naturelle du regard, qui capte autant qu’elle obscurcit, qui accepte la part de l’invisible pour laisser les choses apparaître dans la rencontre de leur image et de notre imaginaire.