ART | EXPO

Sergio Moscona

07 Avr - 28 Mai 2016
Vernissage le 07 Avr 2016

Le peintre argentin Sergio Moscona puise son inspiration dans les épisodes douloureux de l'histoire de son pays, qui a connu l'oppression et la dictature. Toutefois, ses œuvres que la galerie Claire Corcia présente régulièrement sont toujours débordantes d’humanité,  pleines de frénésie et de joie animales.

Le travail de Sergio Moscona est marqué par les années sombres de la dictature argentine (1976-1983),  et ce contexte social et politique demeure toujours présent dans ses toiles. Nourri au génie de Picasso, il tisse une épopée humaine, brutale et raffinée, à la lisière du tragicomique. Les femmes de la place de Mai, photos d’enfants brandies comme des armes, les défilés de militaires en grand uniforme, les violences dans les rues, sont autant d’images de la dictature en Argentine que Sergio Moscona n’a eu de cesse de montrer dans sa peinture.

L’oeuvre de Sergio Moscona exposée à la galerie Claire Corcia s’inscrit dans une tradition narrative dans laquelle on peut voir l’héritage d’une lignée d’artistes argentins, politiquement engagés, tels Antonio Segui (né en 1934), ou Antonio Berni (1905-1981). Les peintres de la «Otra Figuracion» des années 1960, qui se distinguent par le traitement très libre de la figure humaine, sont également une des influences majeures que l’on retrouve dans ses œuvres.

Le motif de Sergio Moscona, c’est l’homme, qu’il représente surtout en groupe, mêlé à des foules et à des processions. Ce même homme, qui souvent se démultiplie ans une même œuvre, est à la fois l’acteur en plein mouvement et le témoin stupéfait d’une histoire tourmentée. Les foules de Sergio Moscona exposées ici sont comme un pied de nez aux masses forgées par le totalitarisme, qui anéantissent l’individu dans ce qu’il a de singulier. Dans les œuvres de Sergio Moscona, au contraire, l’individu surgit parmi ces corps étroitement mêlés dans des étreintes violentes ou fraternelles, qui reflètent chez l’artiste l’obsession de l’improbable réconciliation entre les êtres. Les formes compressées et sans arrière-plan qui débordent presque de la surface, expriment cette hantise.

Extrêmement maîtrisées, ses séries de dessins à l’encre de Chine semblent obtenues d’un seul trait, comme se plaisait à le faire le maître espagnol. Les lignes peuvent se montrer précises, fourmillantes de griffures et de détails ou réduites à l’essentiel et à la limite de l’abstraction (Hommage à Guernica, 2006). La prédominance du trait se retrouve dans les oeuvres peintes. Cloisonnées à l’intérieur de lignes fines tracées au crayon, les teintes subtiles de l’acrylique traitée comme de l’aquarelle ; rose, orangé, mauve ou vert tendre, adoucissent la puissance expressive du dessin, tandis que dans d’autres toiles, l’acrylique est utilisé en aplats de couleurs franches, serties d’épais contours qui évoquent la composition des vitraux.

Il en résulte une oeuvre que l’on peut qualifier de «figurale» et d’expressionniste. Hommes, femmes, enfants peuvent paraître grotesques: les têtes semblent trop volumineuses pour les corps, les nez tordus, les regards chassieux. Tantôt les visages expriment la béatitude, tantôt ils ressemblent à des masques mortuaires. Ces «gueules» balafrées de grands à-coups qui rappellent les sociétés primitives, ces bouches ouvertes sur l’os des dents, à la manière de Bacon, ce sont à la fois des types et des individus, non dénués d’un certain prestige.

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