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Sergey Maximishin

PJulia Peker
@12 Jan 2008

Aiguisé par sa pratique du photojournalisme, l’œil de Sergey Maximishin s’empare avec une justesse saisissante du quotidien infime dont se trame l’histoire.

Aguerri par une vingtaine d’années de photojournalisme, Sergey Maximishin parcourt un vaste continent aux frontières mouvantes, secoué par la violence du quotidien et les troupes d’hommes en guerre. De l’Afghanistan à la Tchétchénie, il suit le déploiement des guerriers en arme et la débâcle des civils, s’avançant au rythme des combats et des populations déplacées.
D’un bout à l’autre d’un territoire démembré par la fin du soviétisme, il photographie la misère du peuple et le déménagement des icônes déchues.

Albert Benamou et Albert Koski ont sélectionné une minutieuse palette de ces clichés taillés dans l’histoire vive, tirés aux dimensions de véritables tableaux, composés et exposés comme tels.

Loin de se focaliser sur l’événement et ses protagonistes médiatiques, Sergey Maximishin immisce son regard aiguisé dans les recoins inattendus du grand spectacle de l’histoire.
Les bataillons afghans, s’attroupant dans le désert pour leur exercice, sont vus tantôt à une certaine distance, depuis le poste d’observation d’une petite troupe d’enfants, tantôt depuis la poussière des tranchées de sable. Combattants et civils mêlent ici leur visage comme ils partagent leur quotidien.
La guerre est un quotidien laborieux et confus, avant de s’ordonner dans les maillons huilés du récit de l’observateur lointain.

A côté de ces témoignages de guerres rapportés d’un vaste périple, une sélection de photographies de Russie dresse le tableau d’un peuple en mouvement, marqué par la misère.
Ferry montre le buste d’un homme assis à bord de son véhicule, embarqué au milieu d’un fleuve. Son sourire généreux laisse miroiter les reflets cuivrés de sa dentition supérieure, toute entière redorée. Le haut de son visage est dans l’ombre, abandonnant le portrait à cet éclat de rire où contrastent monstruosité et vitalité. Par la fenêtre du véhicule, le fleuve s’écoule, imperturbable.
Ailleurs, les prêtres portent à bout de bras à travers rues des icônes religieuses en plein déménagement, et les emblèmes de Mao ornent des murs de restaurants aussi rouges que vides.

Quelque images de Corée donnent la réplique à ces mutations qui ébranlent la Russie: un poste-frontière sur le 38ème Parallèle, des femmes en charge de nettoyer le parvis où se dresse la statue présidentielle, la silhouette d’une femme attachée à la circulation se détachant sur fond d’une fresque politique. Tous ces corps sont engoncés dans un hiératisme policé. Leur retenue silencieuse contraste avec l’exubérance vivante qui transpire de la misère russe.
Un ballet de femmes de ménage s’affaire avec zèle: toutes sont préposées à assurer une absolue propreté, à plusieurs mètres à la ronde de la statue présidentielle. L’image est exemplaire. Le héros à l’honneur se dresse à l’arrière plan, décentré. La scène est aussi futile que révélatrice, le regard aussi juste que décalé.

Sergey Maximishin
Restaurant Mao, Saint-Pétersbourg, Russie, 2003. Tirage Lambda. 1/10. 80 x 120 cm.
Manifestation du 1er Mai, Saint-Pétersbourg, Russie, 2000. Tirage Lambda. 1/10. 80 x 120 cm.
38ème Parallèle, Frontière entre Corée du Nord et Corée du Sud, 2005. Tirage Lambda. 1/10. 80 x 120 cm. World Press en 2006 catégorie.
Deux Moines portant une icône, Monastère Alexandro-Svirsky, Russie, 2001. Tirage Lambda. 1/10. 80 x 120 cm.
Peloton, Kichlak Tachty-Kaila, Afghanistan, 2001. Tirage Lambda. 1/10. 80 x 120 cm.

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