ART | CRITIQUE

Mounir Fatmi. Seeing is believing

PSarah Ihler-Meyer
@08 Fév 2010

Plastique forte pour symbolique faible, tel est le constat face à la nouvelle exposition de Mounir Fatmi. Cassettes vidéos, scies sauteuses et câbles électriques composent des figures religieuses pour signifier les mutations de la religion et sa violence potentielle.

Les procédés de Mounir Fatmi sont les mêmes depuis ses débuts: reproduire des icônes religieuses dans des matériaux modernes ou inscrire des écritures arabes, françaises et anglaises sur des objets aux connotations évidentes. L’effet recherché est aisément identifiable: l’association des mots et des objets signifie les mutations de la religion et la potentielle violence des croyances.

Ainsi des œuvres exposées à la galerie Ghislaine Hussenot. Sur un fond blanc des câbles électriques de la même couleur dessinent une icône chrétienne (Bas-Relief La Pietà). Si la foi était le moteur de la vie quotidienne de nos ancêtres, s’est-elle de nos jours déplacée du côté des technologies modernes? Ou bien cette œuvre établit-elle un lien entre la Renaissance italienne et le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch, ce dernier étant lui-même inspiré par la religion?

Plus loin des scies sauteuses placées à l’intérieur de vitrines en plexiglas sont recouvertes de calligraphies arabes. La dangerosité des lames associée à la beauté des écritures met en scène les ambiguïtés de la religion, à savoir la tension entre l’appel aux cieux et l’exhortation aux croisades.

Toujours du côté de la croyance, des cassettes vidéo noires forment sur l’un des murs de la galerie un moucharabieh. La tradition arabe est-elle capable de s’adapter aux évolutions du monde moderne? Ou au contraire, les mutations de notre environnement supplantent-elles les anciens modes d’organisation de la société? Ou encore s’agit-il à nouveau d’un rapprochement entre deux formes de spiritualité, celle du Carré noir sur fond blanc de Malevitch et celle du monde arabe ?

Sur un autre mur de la galerie le plan d’architecture d’une mosquée est dessiné. La déférence à l’égard du cube blanc aurait-elle remplacé celle que l’on avait vis-à-vis des monuments religieux ?

Dans un autre registre Monuments associe également des mots et des objets pour produire un sens discursif. Alignés le long d’un mur, des casques de chantier en céramique blanche sont annotés de noms de théoriciens célèbres, tels que Jean Baudrillard, Gilles Deleuze ou encore Michel Foucault. D’accord, les penseurs sont de véritables bâtisseurs… Mais attention! Fabriqués dans un matériau cassant, ces casques renvoient aussi à la vulnérabilité de ces têtes pensantes et de leurs constructions…

Ce didactisme se retrouve dans La Géographie dynamique de l’histoire, soit une frise mettant en parallèle des courants politiques et artistiques. Ainsi le futurisme est associé au fascisme, le minimalisme au capitalisme, le suprématisme à l’intégrisme, et ainsi de suite. Après avoir évoqué la violence potentielle de la religion, Mounir Fatmi insiste donc sur les affinités politiques des avant-gardes. Autant dire que cette réflexion n’est pas de la première fraicheur.

Liste des œuvres
Mounir Fatmi
— Mounir Fatmi, Bas-Relief La Pietà, (corps blanc sur fond blanc), 2009. Version 5/5, câble d’antenne et attaches, 255 x 205 cm.
— Mounir Fatmi, Coupes, 2009-2010. Peinture sur lames de scie circulaire et socle en bois.
— Mounir Fatmi, Les Monuments, 2009. Casques en céramique.
— Mounir Fatmi, Plan d’architecture La Mosquée, 2010. Wall painting,
dimensions variables.
— Mounir Fatmi, La Géographie dynamique de l’histoire, 2009-2010. Work in progress, impressions laser. 90 x 60 cm.
— Mounir Fatmi, Casse-tête pour musulman modéré, 2004-2010, Série de 9 photographies, 50 x 50 cm, édition 1/5.
— Mounir Fatmi, Sleep Salman Rushdie, 2005-2010, image de synthèse 3D, 100 x 130 cm, édition 1/5.
— Mounir Fatmi, Assassins, 2009-2010, installation de dimensions variables, narguilés de tailles variables, édition 1/5
— Mounir Fatmi, Suprematism for self-defense, 2009, vidéo, édition 1/5,
— Mounir Fatmi, Noir sur noir, 2009, 130 x 100 cm, photographie, édition 1/5,
— Mounir Fatmi, Carré noir sur fond blanc, 2010, 880 VHS, 416 x 411 cm, édition 1/5
— Mounir Fatmi, Intervention 1, 2009, installation in situ, peinture sur lame de scie circulaire, 30 variables (ce n’est pas un multiple car peintes à la main)