ART | CRITIQUE

Search for the New Land

PMuriel Denet
@12 Jan 2008

La lauréate du Prix Marcel Duchamp 2004, tranquille comme un poisson dans les grandes eaux du déferlement visuel, y puise, agence, selon l’humeur. Sans déranger. Sans danger...

Carole Benzaken est lauréate du Prix Marcel Duchamp 2004. Une reconnaissance institutionnelle qui vient couronner un accueil public et critique déjà enthousiaste. Quelles sont les raisons d’un tel engouement ? Serait-il le fruit, comme le suggère l’artiste, d’une incompréhension, dont elle s’accommoderait d’ailleurs volontiers puisque, dit-elle, « notre rapport au monde est pétri d’incompréhension » ?
Le public succomberait-il aveuglément à la séduction d’une peinture fluide et colorée, qui recycle les images rassurantes des stars médiatiques ou sportives, et des berlines de rêve ?

Longs travellings immobiles et voyages contemplatifs, c’est bien de transport dont il s’agit, amoureux bien sûr, pour la vie telle qu’elle se présente. Le temps arrêté est ici un mouvement, comme une synthèse nécessaire pour peindre des images extraites, et ainsi retenues, du flux incessant des images, dont il est aujourd’hui un lieu commun de dire son pouvoir de recouvrement, voire de substitution, du réel comme de l’imaginaire.
Toute image donc, sans hiérarchie aucune, trouvée, prise, mobile, fixe, souvenirs, publicités, visages inconnus ou célébrités, autoportraits, notes intimes, images de guerre, cartes postales, de vœux, géographiques, etc.

Les stéréotypes sont recadrés, décadrés, en bandes étroites et longues qui évoquent le film 35 mm, montés en cut, mixés par le mélange des factures, plus ou moins lisses, plus ou moins pâteuses, mais toujours propres, fraîches, sans coulures, vivement colorées, en un mot : candides. Le bonheur à tout prix fait feu de tout bois. Les brebis, royales d’indifférence à la fureur du monde, paissent et passent. Et l’artiste de voler, et de fixer le soleil sans ciller. Sans jamais se brûler les ailes.
Tranquille comme un poisson dans les grandes eaux du déferlement visuel, elle y puise, agence, selon l’humeur. Sans déranger. Sans danger. Peut-être, finalement, n’y a-t-il aucun malentendu entre l’œuvre et ses laudateurs.

Carole Benzaken
Travelling 1, 2004. Acrylique et huile sur toile.
Travelling 2, 2004. Acrylique et huile sur toile.
Travelling 3, 2004. Acrylique et huile sur toile.
Travelling 4, 2004. Acrylique et huile sur toile.
Travelling 5, 2004. Acrylique et huile sur toile.
Candide, 2004. Dessin sur calque.
Here’n There, 2004. Projection vidéo en dyptique. 60 s en boucle.
Search for the New Land, 2004. Huile sur bois et boîtes à inclusion d’écrans vidéo.