ART | EXPO

Sculptures

30 Oct - 23 Déc 2015
Vernissage le 29 Oct 2015

Au travers d’un ensemble de nouvelles sculptures évocatrices, l’artiste suisse Roman Signer convoque dans cette exposition la plupart des objets emblématiques de son œuvre: parapluie, bottes en caoutchouc, horloge, kayak, ventilateur, ... Chez lui, l’objet souvent banal et fonctionnel, devient le support de son imagination débordante.

Roman Signer
Sculptures

La place de l’objet est cruciale chez Roman Signer. Quel qu’il soit, souvent plutôt banal et fonctionnel, il devient le support de son imagination débordante. Et couplée à un besoin irrépressible de faire sa propre expérience, cette puissance imaginative ne se trouve pas limitée par les risques ou les dangers qu’elle pourrait engranger.

Les expériences de Roman Signer dépassent de loin les rêves les plus fous des enfants les plus imaginatifs; faire décoller des tables, défenestrer des chaises, jouer avec des explosifs ou bien encore suspendre un avion à quatre mètres du sol comme dans sa récente installation au Kindl à Berlin (Kitfox Experimental, 2014).

Le choix du médium n’est jamais anodin. Il prend sa source dans le souvenir, heureux ou traumatisant. Pour «Kitfox Experimental», l’artiste relate un épisode de jeunesse terrifiant lorsqu’un pilote d’avion simulât de faire plonger son engin dans sa direction.

Emanations de l’enfance peut-être, ses dispositifs n’ont pour autant rien d’enfantin. Les mécanismes derrière les pièces de Roman Signer sont complexes et leur succès repose sur une grande précision d’exécution. Décomposés, exposés et entièrement mis à nus, ce sont eux qui font œuvre.

A certains égards conceptuelle, l’œuvre de Roman Signer est davantage celle d’un «physicien émotionnel» comme il aime à se définir. Dans une démarche qui évoque la philosophie poétique, «la chimie de la rêverie» de Gaston Bachelard (La Psychanalyse du feu, 1938; L’Eau et les rêves, 1942; L’Air et les songes, 1943), il se fascine pour l’étude des éléments — l’air, l’eau, le feu notamment — et de leurs tensions avec l’univers technologique. Chez l’artiste comme chez le philosophe, il s’agit de dépasser l’opposition entre science et nature, en dévoilant et en s’appuyant sur les charges affectives et évocations poétiques que ces éléments naturels véhiculent.

Cependant ici, rien de spectaculaire, bien au contraire. Ces mêmes éléments sont convoqués dans une très grande sobriété: une cigarette qui se consume dans une cabine, ou des mouchoirs qui jaillissent d’un tube de métal, tous deux grâce à l’action d’un ventilateur. Le sensationnel a laissé place à une douce poésie teintée de mélancolie.

Autrefois suspendus dans les airs, projetés depuis un hélicoptère en plein vol, les plus fidèles compagnons de route de l’artiste se retrouvent étrangement conditionnés comme de précieux souvenirs: un trio de parapluies dont l’ouverture semble contrainte par la boîte qui les contient, un morceau de kayak préalablement découpé et disposé dans une caisse en aluminium. Devant cette mise en boîte, la tentation analytique est grande. Réflexion rétrospective et nostalgique? Clins d’œil ironiques?

L’artiste parvient avec autant de brio à déplacer notre attention de l’action principale. Machine à faire voyager dans le temps et l’espace, ce petit fragment de kayak propulse notre regard vers l’antérieur et l’absent. Car face à cela, comment ne pas se demander ce qu’il est advenu du reste?

Julia Mossé

Né en 1938 à Appenzell, Roman Signer vit et travaille à St Gallen, en Suisse.