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Sapiens Post Sapiens

04 Déc - 27 Fév 2010
Vernissage le 04 Déc 2009

L’exposition «Sapiens Post Sapiens» propose, avec Jean-Claude Palisse, Julien Claessens et Robert Kot, trois versions de portrait photographique, et autant de types de rapports avec le spectateur.

Communiqué de presse
Robert Kot, Julien Claessens, Jean-Claude Palisse
Sapiens Post Sapiens

A la demande de la galerie de photographie Le Réverbère, Jean-Claude Palisse a convié deux anciens élèves férus de portrait: Robert Kot et Julien Claessens. Loin de la neutralité rassurante de la photo documentaire, l’exposition «Sapiens Post Sapiens» invite à une expérience sensible forte.

Le caractère sombre des portraits de la série Troubles intimes, de Jean Claessens, donne le ton. Cinq personnages au visage troublant sont figurés sur des clichés noir et blanc, de format identique, presque monochromes. Dans une esthétique d’une étrange et inquiétante sensualité chacun d’eux a abandonné certains traits de son individualité. Très proche de la peinture, la série exprime la singularité d’individus d’autant plus mystérieux qu’ils tranchent avec les normes en vigueur.

Par la configuration même de son œuvre, Jean-Claude Palisse place le spectateur en situation de voyeur. Quatre panneaux monumentaux composés de six modules de même dimension renvoient aux dispositifs des vidéos de surveillance. Chaque panneau décline sur l’ensemble de ses modules, la photo en noir et blanc d’un même individu.
Apparemment identiques, les six clichés du visage semblent avoir été pris simultanément sous des angles différents, comme le résultat d’une action de surveillance, ce qui suscite le sentiment d’une atteinte à la liberté et à l’intimité de chacun.
En réalité, Jean-Claude Palisse est parvenu à cet effet au moyen d’un sténopé à six trous, un dispositif de photographie sans objectif hérité de la chambre noire, qui produit des clichés de médiocre qualité technique — flous et à faible contraste.
Jean-Claude Palisse n’utilise cependant pas le sténopé par nostalgie, mais pour désigner l’archaïsme de la société sécuritaire et montrer que le progrès n’est pas garant de plus de liberté…

A l’opposé de Jean-Claude Palisse l’œuvre intitulée Confrontations de Robert Kot brille de couleurs vives et inattendues. Des portraits individuels d’enfants en format carré alternent avec des portraits collectifs rectangulaires, présentés sous la forme d’une frise. Dans ces portraits à l’expression impersonnelle et froide, l’altérité se substitue au même et renforce ce sentiment d’étouffement. Pour émousser ainsi les individualités, Robert Kot a photographié chaque personne individuellement avant de l’intégrer dans un semble au moyen d’un montage numérique. Le résultat donne l’impression d’une mystérieuse aliénation, d’autant plus angoissante qu’elle semble nous menacer.

«Sapiens Post Sapiens» fait mesurer l’impact qu’une idéologie peut avoir sur la manière d’appréhender l’Autre. Les œuvres des trois photographes montrent que le portrait n’est pas un genre épuisé, et qu’il invite à une expérience esthétique inédite.

critique

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