ART | EXPO

Samuel Richardot

19 Mar - 07 Mai 2011
Vernissage le 18 Mar 2011

Les toiles et les installations de papiers découpés de Samuel Richardot interrogent les notions de matière et révèlent un environnement singulier voire inclassable.

Samuel Richardot
Samuel Richardot

«La peinture de Samuel Richardot est animée de tensions contraires. Ses oeuvres sont abstraites, cependant l’artiste affirme que dans ces dernières “l’image demeure présente”. Elles se donnent à voir comme de grands écrans blancs d’une profondeur indéfinie sur lesquels apparaissent des figures; mais il s’agit aussi de supports matériels dont l’artiste souligne la présence physique à travers des interventions contenues.
Richardot recourt essentiellement à deux formats qui correspondent à deux approches distinctes de la peinture.

D’une part, des toiles de dimensions réduites, dans lesquelles l’artiste expérimente des médiums et des techniques dans un esprit quasi analytique, en utilisant un seul processus à la fois et en se concentrant sur un seul effet. D’autre part, de grands tableaux de deux mètres et demi sur deux mètres sur lesquels, à partir des techniques mises au point dans la peinture de chevalet (qui comprennent l’acrylique et l’huile, ainsi que des combustions et des lignes de ruban adhésif), il fait apparaître des présences isolées, suspendues dans la blancheur de la toile.

La plasticité de la peinture est ici mise en avant par des coulures et des taches ou, au contraire, par des formes régulières et symétriques aux couleurs franches qui évoquent l’univers des produits industriels et des logos commerciaux. Certaines de ces formes ont l’air de détails prélevés dans des figures réelles, ce qu’elles pourraient bien être. Du reste, ainsi que l’artiste aime le rappeler, un tel processus d’isolement et de prélèvement « correspond […] à la définition première de l’abstraction ».

Qu’elles soient régulières ou irrégulières, aux contours nets ou effilochés, les figures de  Richardot s’arrêtent à la surface du tableau, elles ne font aucunement allusion à la profondeur. Mais l’espace blanc qui les sépare permet au regardeur de projeter des effets illusoires de profondeur, de les faire reculer ou avancer. Le format horizontal des grandes toiles crée l’attente d’un paysage. Il n’est pas difficile de céder à cette suggestion et de considérer ces oeuvres comme autant de vues, de scènes dans lesquelles s’apparient des éléments naturels et artificiels, des impressions et des souvenirs.

Dans ces travaux, qui jouent sur des interventions picturales raréfiées et sur de vastes espaces neutres, la composition est fondamentale. L’équilibre tendu de cette dernière suggère que de rigoureuses études préparatoires ont été effectuées. Mais il n’en est rien. L’artiste affronte directement la toile et procède par accumulation, sans passer par un schéma compositionnel préétabli. Il part d’une figure puis il en rajoute une autre; chaque intervention modifie l’équilibre général et suggère de nouvelles possibilités. L’artiste explique que le processus continue jusqu’à ce qu’un nouveau tableau vienne concurrencer celui qui est en phase d’élaboration. « Je pense à la conclusion d’un travail avant tout en terme d’inachèvement », affirme-t-il. (Simone Menegoi)