ART | EXPO

Sagarmatha

01 Mar - 12 Avr 2008

Mythe utopique, rêve inaccessible: l’Everest fascine et obsède. Sous la forme de plans et de cartes géographiques détournés, David Renaud  explore avec une subjectivité affirmée l’aspect irrationnel et artificiel de cet espace «record».

David Renaud
Sagarmatha

David Renaud  présente pour la première fois  une exposition personnelle à la galerie Anne Barrault. Son travail tente aujourd’hui de questionner la perception de la géographie et sa représentation matérielle et abstraite sous forme de cartes, de reliefs ou de peintures

Dans l’espace de la galerie, une vidéo, telle une nuée de soleils pourpres, éclaire par sa projection un grand relief  double et blanc: l’Everest ou Sagarmatha, « le front du ciel », en sanscrit.

L’Everest reste pour tous une utopie géographique, le rêve inaccessible du XIX ème siècle, qui s’inscrit  dans le paradoxe d’un monde dont l’accès devient aujourd’hui de plus en plus banalisé, fréquenté, où les zones inconnues se déplacent vers des territoires virtuels.
Il représente également un mont qui, comme un parangon géographique lié à l’Histoire et à la politique, à ses rivalités et à ses convoitises, fascine et attire. Un espace « record », que l’on perçoit à travers les chiffres et l’image que la géographie nous en donne, plus que par l’expérience physique que l’on peut en avoir.

Ici, l’Everest se tient en pur objet. Réalisé en bois, peint en blanc, il surgit en un pic minimaliste où chaque dénivellation devient une variation supplémentaire, faisant écho à celles des bulbes mouvants de la vidéo qui se projette sur le mur… Des motifs se répètent et se décalent lentement, comme dans les musiques répétitives et psychédéliques.

Expérimenter la réplique de l’univers dans une ambivalence du point de vue : se sentir hors du paysage (on saisit une vue d’ensemble comme avec une carte), dans sa vision globale et rationnelle, et en même temps, être perdu à l’intérieur (les échelles et les légendes disparaissent), comme dans un espace «réel» et donc, forcément subjectif.

Le travail de David Renaud accentue l’artificialité : les cercles de la vidéo projection, ces «Psycho reliefs» qui s’ouvrent et se ferment, ressemblent à des étoiles mais n’en sont pas, la montagne la plus haute du monde est réduite à l’échelle de l’homme, en un décor presque parfait, où ce «presque»  serait peut-être la clé du mystère.
Les variations de lumière et de rythme, la marque du passage d’un temps numérique sur la montagne, détournent l’expérience visuelle, qui à chaque pulsation, transforme l’installation et  la perception du spectateur.