ART | EXPO

Rupture de correspondances

17 Nov - 22 Déc 2007

Rupture de correspondances est née d’une manière d’agencer et de condenser le paysage, l’atelier, la galerie, trois lieux, et trois moments qui intéressent Guillaume Leblon dans sa réflexion sur les processus hiérarchiques inhérents à une production artistique.

Communiqué de presse
Guillaume Leblon
Rupture de correspondances

Le chêne y est transformé en un meuble hybride entre le berceau, la table, le lit et l’armoire renversée (Meuble, chêne, 2007). Ce coffre, dans lequel on pourrait sans doute déménager toute l’exposition n’est ni collé ni percé mais assemblé et maintenu par des clés.

Sur le moniteur, Notes (video, 7 :20 min) saisit l’infiltration du paysage dans l’atelier, envahi de terre glaise et d’eau pendant plusieurs jours. Les mains et les pieds sont plongés dans la boue et dans la mémoire enfouie du paysage.

A côté, Puits (terre crue, 2007), arrangement de briques en terre réalisée à la main, forme une sorte de tronçon de puits ou de cheminée. Cette esquisse (la terre n’est pas cuite) tient en équilibre parfait entre l’image (le résultat) et le matériau (le point de départ). Selon la même logique, les deux Frame of a Window (verre, 2007), fines lamelles de verre appuyées contre le mur, ont été taillées à leur longueur maximale avant rupture sous le poids du matériau. Ces traits de verre fonctionnent autant comme des unités de mesure (peut-être extraites de l’atelier) ou des outils de laboratoire que comme des chutes d’une fenêtre invisible.

Placé dans l’angle, Studio visit (impression numérique, colle, 2007), mur entier de l’atelier de l’artiste, photographié et reproduit en noir et blanc à échelle 1 sur de grands lais de papier, intervient comme une sorte de greffe dans la galerie. La découpe est nette mais les variations lumineuses de l’image jouent avec les irrégularités de son support. Le grain numérique de ce « papier peint » se dissout dans l’espace; dans l’air, la lumière ambiante et sur le sol où de longues bandes de papier blanc d’architecte y ont été déroulées. Cette « moquette fantôme » reflète paradoxalement l’espace en son entier et en éclaire les multiples tons blancs, blanc cassé ou crème des murs, des colonnes et du plafond.

Chaque œuvre est donc alternativement un dessin, une maquette, une figure, une image ou une ruine. Les relations que le spectateur établit entre elles en altèrent continuellement le statut. L’organisation des matériaux et des figures archétypales de l’habitat (mur, sol, meuble, fenêtre, jardin) nivelle ainsi la hiérarchie entre l’objet fini et l’ébauche. L’organisation des matériaux et des figures archétypales de l’habitat (mur, sol, meuble, fenêtre, jardin) perturbe ainsi la hiérarchie entre l’objet fini et l’ébauche, entre l’artisanat et le bricolage, entre l’héritage de formes anciennes et la fraîcheur mate de matériaux neufs.
Maxime Thieffine

critique

Rupture de correspondances