ART | CRITIQUE

Roman-photo

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@08 Oct 2008

La Maison européenne de la photographie poursuit sa réflexion sur l’influence de la photographie sur la création contemporaine. Les peintures récentes de Jacques Monory confirment que, pour lui, la photographie est plus un outil qu’un véritable modèle.

L’exposition de Jacques Monory à la Maison européenne de la photographie se veut un hommage de la peinture à la photographie. Elle s’appelle «Roman-photo» et présente de nombreux formats carrés, plus fréquents en photographie qu’en peinture.
Les toiles sont peintes d’après des photographies: une icône, le Point de vue du Gras de Nicéphore Nièpce, ou les images de tous les jours. Les photographies ayant servi de modèle affirment le «métaréalisme» (Jean-Luc Chalumeau) de ces œuvres qui sont des reproductions de reproductions. En contrepoint, l’accrochage comprend des tirages argentiques qui, reproduisant des œuvres de Jacques Monory au format exact des peintures exposées, renforcent la confusion entre peinture et photographie.

Pourtant, la peinture de Jacques Monory emprunte davantage au cinéma qu’à la photographie. D’abord par ses thèmes et ses ambiances: le film noir, ses tensions et ses mystères. Ensuite, par l’occupation du tableau. La toile est fragmentée en plusieurs images et le collage pictural devient montage cinématographique.
Spéciale n°59, Paula à N.Y. est ainsi construite sur un «raccord regard»: le spectateur voit une femme et les immeubles qu’elle regarde par la fenêtre. De manière générale, les images réunies sur la toile jettent les bases d’un scénario à reconstituer.

Surtout, qu’elles soient photographiques ou cinématographiques, les peintures récentes de Jacques Monory affirment une jouissance du médium plutôt inédite chez cet artiste connu depuis les années 1960 et les belles heures de la Figuration Narrative pour ses vues froides et cliniques.

Le monochrome bleu reste dominant et continue à créer un effet de distanciation. Pourtant, la palette de Jacques Monory s’élargit et sa touche, volontiers imprécise, se charge de matière. En 1973 déjà, le philosophe Jean-François Lyotard pensait que l’« intense accent émotionnel» du pinceau de Jacques Monory le distinguait de ses contemporains du pop art et de l’hyperréalisme. Aujourd’hui, on pourrait même parler de sensualité.

Jacques Monory
Roman-photo n°21, 2008. Huile sur toile.
Spéciale n°59, Paule à N.Y, 2007. Huile sur toile.
Roman-photo n°2, 2006. Huile sur toile.
Roman photo, n°10, 2008. Huile sur toile.
Spéciale n°57, A Nicéphore Niepce, 2007. Huile sur toile.