PHOTO | EXPO

Rien que pour vos yeux

10 Mar - 30 Avr 2010
Vernissage le 10 Mar 2010

Le burlesque et l’absurde dont se réclament les images de Philippe Pétremant s’accompagnent d’un jeu aux effets plus immédiats. Saturation de la surface et emphase décorative, invraisemblance des rapports d’échelles, mise à nu des mécanismes et des artifices, ou encore illusions et troubles optiques perturbent les conventions de la représentation et affranchissent les photographies de leur pesanteur.

Communiqué de presse
Philippe Pétremant
Rien que pour vos yeux

Les contrées nulles, au titre emprunté à Mallarmé, doivent beaucoup aux poètes qui accompagnent mes nuits ou plutôt ma nuit, devrais-je dire. Stéphane Mallarmé donc, Paul Valéry et René Char pour n’en citer que les plus fidèles, ont abondamment nourri l’imaginaire de ces natures mortes où n’en finissent plus d’échoir mes obsessions et que j’observe attentif, curieux de la forme qu’elles révèleront de l’autre côté de l’appareil.

L’une de ces obsessions, parmi les plus tenaces, consiste à voir dans n’importe quel objet donné, un reflet du monde; c’est ainsi que je me suis mis à photographier les objets les plus divers qu’une vieille manie me fait glaner et amasser, comme s’il s’agissait de lieux. Façade de bâtiment ou montagne surgissant de sa plaine, c’est le souci du proche et du lointain, le choix d’un point de fuite ou d’une ligne d’horizon, la détermination des reliefs et dépressions qui instruisent dans son ensemble le protocole de prise de vue.

Que l’image recueillie ne conserve du paysage qu’une vague réminiscence ou encore que certaines demeurent irréductibles à l’idée même de paysage importe moins que le mouvement de contre-emploi qu’imprime ce dévoiement: la photographie ne cesse plus dés lors d’éprouver à l’égard du réel un sentiment de défiance et use de son mimétisme pour rendre toujours plus confuse la limite entre vraisemblable et faux-semblant.

Les points de vue se succèdent et s’immiscent au milieu des choses, la vision s’origine de la poussière, des particules en suspension et surprend le monde en son absence : le spectacle nu d’un temps en chute libre, où toute chose se meut de sa cadence de mort.