ART | EXPO

Transmitter

18 Sep - 18 Déc 2021
Vernissage le 02 Avr 2022

« Je considère l’espace comme un matériau. L’articulation de l’espace a pris le pas sur d’autres préoccupations. J’essaie d’utiliser la forme sculpturale pour rendre l’espace distinct » déclare Richard Serra. Né en 1938, il vit et travaille à New York, entouré de cet acier qu'il sculpte, et expose cette année à la galerie Gagosian du Bourget.

Richard Serra et Gagosian ne pouvaient se rencontrer que dans la démesure : ils collaborent à rendre sensibles l’espace et le temps, qui donnent les limites, et par conséquent la mesure, de l’existence.

Échelle de grandeur, grandeur de l’échelle

Ni Richard Serra, ni la galerie Gagosian ne voient les choses en petit. Pour leur trente-neuvième collaboration c’est une œuvre de quatre mètres de haut, dix-huit mètres de long et dix-huit mètres de large, qui s’expose, magistrale, immanquable, comme une invitation à la démesure, dans l’espace Gagosian au Bourget.

Ou plutôt à la mesure de l’inaccessible : à travers cette œuvre, Richard Serra veut nous faire prendre la mesure de l’espace. On perçoit généralement l’espace comme un tout fluide, un vide. On le définit par la négative : c’est la surface qui s’étend sans obstacle. Pour Richard Serra, au contraire, c’est une matière à part entière, qui se modèle, se tord, se sculpte, qui bouge et parle, et peut engager une conversation avec le visiteur, lui ouvrir un chemin.

L’espace se fait aussi dialogue avec l’espace mental, alors que le centre Pompidou prévoit trois jours de projections des œuvres de Richard Serra, en lien avec la galerie, pour janvier 2022.

Le métal, conducteur

Mais le point de départ reste et s’impose sous nos yeux. C’est ce début de labyrinthe, invitation à le suivre et à se perdre dans un espace enfin matérialisé. Le choix de cette matière n’est pas anodin : l’œuvre est réalisée en acier résistant à la corrosion atmosphérique, traçant le rapport entre infini de l’espace et éternité du temps.

Car si on peut prétendre que l’acier inoxydable n’a pas de futur, il a un passé : c’est le métal dont on forge les armes, les ponts, les tours, celui de la révolution industrielle. Il est connu pour ses propriétés conductrices : d’électricité, mais aussi de chaleur, et d’émotion. Faites l’expérience : le métal froid se réchauffe doucement sous la main, comme une peau. Il permet de construire — c’est à l’acier qu’on doit les gratte-ciels et la tour Eiffel — et de détruire, puisque c’est la matière dont on fait les tanks et les armes.

L’acier conduit, ambigu, ce qu’on lui confie : n’est-ce pas aussi le but de l’art?