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Réverb, le projet Norma Jean.

PMuriel Denet
@12 Jan 2008

À l’écran du film Réverb, le projet Norma Jean, une demi-douzaine de femmes gisent ça et là dans une suite d’un hôtel d’Hollywood, comme des marionnettes inertes, incarnant, sans jouer ni interpréter, Marilyn, la star.

Réverb, le Projet Norma Jean est, comme il se doit, cinématographique. Un film, où se produisent une demi-douzaine de jeunes actrices, est projeté dans la grande salle du Crédac — installé dans ce qui devait être un multiplexe.

Que voit-on à l’écran ? Une suite impersonnelle, qui domine Muholland Drive, scintillant dans la nuit. Un grand lit matrimonial, un divan rouge, une moquette sombre, et des femmes qui gisent ça et là, assoupies, telles des Belles au bois dormant, moulées dans des robes fourreaux aux décolletés profonds. Sans doute sont-elles sous le charme de la voix chaude et monocorde d’un prince: un hypnotiseur, qui commande à ces marionnettes inertes de retrouver Marilyn, la star, en elles-mêmes; d’incarner, sans jouer, ni interpréter, «l’extension d’une image», inscrite dans la mémoire collective.

Si Olivier Dollinger travaille sur cet inconscient cinématographique depuis longtemps, les dispositifs mis en œuvre se sont sophistiqués. Dans son remake d’Apocalypse Now (1999), il lui suffisait de la musique originale en fond sonore, et d’un plan séquence, dans lequel l’artiste circulait en tournoyant les bras au-dessus de la tête, pour évoquer le célèbre hélicoptère, et projeter le spectateur dans le film.
Cette fois, en se rendant sur les lieux du crime, à Los Angeles même, la production recourt à un casting, une bande son originale, et à l’utilisation d’une caméra mobile, qui scrute les visages, frôle les corps, traque les signes du réveil, puis de la transe, de chacune des actrices, devenues hystériques, ou hébétées.

Cette tragédie sans dénouement, mais qui en respecte les règles d’unité de lieu et de temps, se nourrit du doute. Cette hypnose n’est peut-être que feinte, simulée par le jeu névrotique de ces aspirantes à la gloire hollywoodienne. Serait-ce cela le cinéma ?
À l’écran, le scénario balbutie, comme un imaginaire amputé, bloqué dans un état vibratoire (Réverb), définitivement stationnaire.

Olivier Dollinger
Réverb, le projet Norma Jean, 2003. Installation vidéo, DVD, 15’.

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