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Retour d’Italie. Documents en déplacement

11 Jan - 03 Mar 2007

Le voyage culturel, d’abord en Italie, puis en Orient, est généralement perçu comme une pratique qui a façonné la modernité occidentale. Avec Laura Horelli, Norman Richter, Clemens von Wedemeyer & Maya Schweizer.

Communiqué de presse
Laura Horelli, Norman Richter, Clemens von Wedemeyer & Maya Schweizer
Retour d’Italie. Documents en déplacement

Le voyage culturel, d’abord en Italie, puis en Orient, est généralement perçu comme une pratique qui a façonné la modernité occidentale. Les différentes «escales» de cette ouverture n’ont pas eu la même influence sur leur époque: l’Italie a été le modèle que l’on s’efforçait d’imiter; l’Orient le monde antinomique face auquel l’identité européenne allait se forger.
Sans être les seuls dans l’histoire de l’occident, ces deux déplacements résument à eux seuls la condition du voyageur. Il y a d’un côté ce qui le rapproche de ce qui lui est étranger, et de l’autre, ce qui l’en éloigne.

Notre condition planétaire, globale et instantanée, n’annule pas ce clivage. Elle le complexifie. L’identification et le rejet se trouvent télescopés l’un dans l’autre. Les représentations familières se superposent à des caractéristiques étrangères et inconnues. Sans oublier que nous autres, occidentaux, ne sommes plus les seuls à voyager. Les autres aussi se déplacent, littéralement ou virtuellement du fait de la globalisation médiatique.
Les projets présentés à la Galerie Jocelyn Wolff sont autant de variations sur ces télescopages culturels. Des ébauches filmiques sur la perception de l’étranger et du familier, dans un monde qui fait le pari de la globalité.

Clemens von Wedemeyer et Maya Schweizer s’efforcent d’établir la convergence entre deux mythes. Celui du totalitarisme moderne dépeint en 1926 par Fritz Lang dans son film Métropolis, et celui de la Chine actuelle, dont la croissance vertigineuse hante l’Occident. Dans Variation sur Métropolis, une fiction en rencontre une autre.

Incomplete Picture – Discover Japan de Laura Horelli s’attarde sur une campagne de promotion du tourisme intérieur dans le Japon des années 70. Développement du tourisme, globalisation des représentations, émancipation féminine par le voyage: le décryptage attentif d’un cas spécifique révèle la complexité et l’importance d’un sujet qui a pu sembler superficiel au départ.

Quant à Vali Asr de Norman Richter, il s’agit de portraits filmiques, muets, réalisés au cours d’un voyage d’étude à Téhéran. De manière simple, ces tableaux humains soulèvent la question de la figure, des stéréotypes et de leur représentation. La série de portraits traduit la disparité sociale d’une même avenue de Téhéran qui passe des quartiers aisés aux plus populaires.

Sur des terrains très différents chacun de ces films renégocie le thème toujours actuel du déplacement culturel. Déplacements croisés de deux fictions politiques pour Variations sur Metropolis; déplacements émancipateurs pour ces japonaises qui visitent leur propre pays; déplacement littéral pour Norman Richter dont les portraits vivants bousculent subtilement les craintes dont la société iranienne fait objet en Occident.
Christophe Catsaros