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Répétition

16 Nov - 19 Jan 2013
Vernissage le 16 Nov 2012

Dans ses œuvres photographiques comme dans ses vidéos, Michèle Sylvander travaille avec le corps de ses sujets dont elle capte les gestes qui relèvent de l'instinct, et qu’elle met en situation de répétition pour évoquer vieillesse, mort, enfance travaillant non sur l’identique mais sur l’ensemble des possibles de ce qui a été.

Michèle Sylvander
Répétition

Quand un danseur répète, et répète encore, jusqu’à ce que la mémoire de son corps soit totalement à l’œuvre, c’est pour qu’un geste gagné dans l’improvisation garde la fraîcheur du soubresaut instinctif. Par la répétition, lui qui n’a que son corps à modeler, s’approprie et exprime un acte toujours identique, toujours différent.

L’âge des sujets sert d’unité de référence, il permet de mesurer les écarts: le temps qui passe ou celui qu’il reste à vivre, la dimension des relations à soi et aux autres.
Prendre de l’âge, vieillir. « La vieillesse, dit-elle, est une métamorphose: lorsque on est vieux on n’est plus ni homme ni femme, on est vieux. » Alors, il faut s’entrainer, répéter pour bien faire, refaire pour se prouver qu’on est toujours vivant, pour lutter contre cette vieillesse qui engloutit jusqu’à l’identité.

En refaisant son Autoportrait (1995-2012) près de 20 ans après, Michèle Sylvander interroge à nouveau son image dans le miroir. Les poils d’homme sur une gorge de femme annonçaient déjà ce processus d’indifférenciation du genre par l’âge. Puis, les indices de la métamorphose se sont accentués, le poil blanchit, la pose est plus relâchée.

En vis-à-vis, La Toison d’or (2008), un sac de cheveux renversé apparaît comme le dernier symptôme de différents âges du corps. Quand la dernière répétition a eu lieu, on retrouve au fond des armoires la première mèche d’enfant, la tresse de jeune fille, la perruque de carnaval, des tas de cheveux anonymes.

En musique, la répétition signifie aussi la reprise d’un fragment mélodique ou rythmique, d’une phrase, d’une période ou de tout un morceau. De la même manière, la vidéo La Répétition (2012) est entêtante, reprenant toujours le même leitmotiv d’un enfant à la fois fasciné et agacé par un objet que les adultes lui ont mis et lui remettent sans cesse entre les mains. Ces images font penser à un disque rayé, on voudrait qu’il se passe quelque chose, peut-être un passage à l’acte, mais ça ne vient pas.

Ce moment de tension revient avec Only you (1995-2012). Accoudée à une table, le regard dans le vide, la mère de l’artiste écoute sans se lasser la célèbre mélodie. De nouveau rien ne se passe, rien mis à part les pensées que l’on sent défiler dans le regard de cette femme à la beauté profonde, rien mis à part un léger soupir qui ramène le disque au début.

Dans un texte consacré au cinéma Giorgio Agamben écrit: « La répétition n’est pas le retour à l’identique, le même en tant que tel qui revient. La force de la répétition, la nouveauté qu’elle apporte est le retour en possibilité de ce qui a été. »

De fait, dans la vidéo Le Retour de Marie-Thérèse (2012), Michèle Sylvander se rapproche du propos du philosophe en ce sens qu’à travers les mots de sa mère – qui s’exprime soudain en catalan, sa langue maternelle presque oubliée – elle montre que les images ouvrent réellement la possibilité de rejouer sa vie, comme celle d’anticiper sa propre mort.

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