ART | CRITIQUE

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PCarine Pouvreau
@02 Oct 2008

Entre hyper-réalisme photographique et expressionnisme, les peintures acrylique, email et huile sur plexiglas de Stefan Sehler mélangent les illusions décoratives végétales à une attention au trait.

Stefan Sehler compose des œuvres végétales, de branchages et de feuillages, en combinant l’huile, l’acrylique et l’email. La réalisation est complexe et la technique, très particulière, héritée du Moyen-Age. Ces peintures de grandes dimensions, qui font penser à des paysages japonais calcinés, combinent l’abstraction à la manière des drippings de Jackson Pollock et à un rendu photographique hyper-réaliste.

Stefan Sehler inverse la façon de peindre en travaillant les détails avant le fond, ce qui lui interdit de revenir en arrière et de corriger.
Les motifs peints sur l’envers du plexiglas apparaissent dans l’image finale. Le processus est long, qui consiste à partir d’une forme élémentaire, à superposer plusieurs couches de matière et de couleur jusqu’à obtenir la bonne densité. Cela oblige à travailler horizontalement pour éviter les coulures, et à accepter de ne découvrir vraiment l’œuvre qu’à la fin du processus.

Alors que les séries précédentes de Stefan Sehler étaient consacrées à la montagne, elles ont ici trait aux paysages abstraits et aux végétaux. Des végétaux à l’aspect brûlés d’une parfaite illusion se déploient sur des fonds embrasés, révélant de près tout un univers de détails.
L’illusion porte sur la matière qui semble vivante, mais également sur la forme car ces peintures ressemblent à des photographies à la surface réfléchissante, homogène, sans aspérités, où les teintes chaudes et froides créent des contrastes.

Stefan Sehler s’inspire manifestement de la philosophie zen, et notamment de la notion de «Mushin», c’est-à-dire de «pensée sans pensée» qui décrit une intense concentration et une libération psychique, l’état du combattant qui, dans les arts martiaux, libère son esprit des contraintes spirituelles et physiques.
Appliquée à la peinture, cette notion de «Mushin»  désignerait l’attitude du peintre qui se détache de la technique afin d’aborder l’œuvre par instinct et devient la peinture elle-même. Pour les alchimistes, il s’agirait de trouver la pierre philosophale après une série de destructions et calcinations, de morts et de renaissances pour passer du grossier au subtil, jusqu’à la pierre, le joyau.

Alors que, selon Pline l’Ancien, les raisins peints par Zeuxis étaient si ressemblants que des oiseaux venaient les picorer, les peintures de Stefan Sehler qui, elles, oscillent entre le naturel et l’artificiel, interrogent la virtuosité de l’artiste, sa capacité à produire des trompe-l’oeil.

Stefan Sehler
— Sans Titre, 2008. Huile, acrylique et émail sous plexiglas. 175 x 125 cm.
— Sans Titre, 2008. Huile, acrylique et émail sous plexiglas. 175 x 125 cm.
— Sans Titre, 2008. Huile, acrylique et émail sous plexiglas. 175 x 125 cm.
— Sans Titre, 2008. Huile, acrylique et émail sous plexiglas. 185 x 305 cm.
— Sans Titre, 2008. Huile, acrylique et émail sous plexiglas. 185 x 305 cm.
— Sans Titre, 2008. Huile, acrylique et émail sous plexiglas. 185 x 305 cm.

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