ART | EXPO

Recent portraits

18 Mar - 07 Mai 2016
Vernissage le 17 Mar 2016

Andrew Mania transforme des photos en dessins, le tout sur du bois et de manière très fidèle. Des visages soyeux, presque translucides, font leur entrée dans un ou plusieurs cadres en bois et menacent presque de disparaître. Les «Recent portraits», exposés à la galerie Valentin, apportent un regard doucement mélancolique – et presque un peu magique – sur la manière de représenter des êtres aimés.

L’exposition «Recent portraits» réunit les portraits que l’artiste Andrew Mania a réalisés d’individus qui lui sont familiers, d’êtres probablement aimés et non de modèles étrangers. A travers le raffinement de ses traits et la délicatesse du crayon et du pastel s’étalant sur le bois, cela affleure comme une évidence.

Comme les sculptures classiques d’Antinoüs, demi-dieu et héros grec, les jeunes visages que dessine Andrew Mania sont d’une beauté androgyne qui ne semble pas avoir vocation à s’altérer, comme si le fardeau de la vieillesse les avait épargnés. Pourtant, contrairement à un Dorian Gray conscient de son sort et nerveux à l’idée qu’il soit révélé au grand jour, eux paraissent vivre dans la légèreté presque onirique que revêt parfois la mélancolie. Car tous les portraits réunis dans cette exposition se caractérisent par une même intensité, essentiellement portée par le regard, associée à une fragilité dans la posture et une forme de tentation permanente de disparaître. Comme si chacun d’eux ne faisait que passer sur la surface étanche du bois mais aussi dans le regard de ceux qui les saisissent et dans la mémoire de celui qui pourtant a tenté de les graver, l’artiste lui-même.

Il y a par ailleurs dans les portraits d’Andrew Mania à la fois des références au romantisme, et des éléments de réalisme magique. Dans la série de dessins que l’artiste a réalisée d’un ami portant une perruque rose et se prenant en photo avec son portable, quelque chose semble au premier abord emprunté à un univers intime et surnaturel. Pourtant on peut aussi y voir la malédiction narcissique contemporaine qu’est le selfie, l’obsession de sa propre image. En transformant ces photos en dessins sur bois très fidèles, Andrew Mania donne à une image numérique éphémère et obsessionnelle, une permanence susceptible de durer aussi longtemps qu’un portrait de la Renaissance. Il subvertit non seulement le caractère éphémère de l’image, mais aussi son narcissisme, en faisant de celle-ci une oeuvre d’art potentiellement estimée et médiatisée.