ART | EXPO

Rebound

15 Oct - 12 Nov 2011
Vernissage le 15 Oct 2011

Rebound est une expression utilisée dans le basketball pour désigner le moment où tous les joueurs tentent de ressaisir la balle après un tir raté. L’occasion manquée, le cours de la partie semble alors suspendu, jusqu’à ce que l’un des joueurs fasse repartir la flèche du temps à son avantage.

Anne Neukamp
Rebound

Rebound marque une pause dans le temps, c’est à la fois un moment d’absence, de trouble, mais aussi, et surtout, un lieu du possible.
 Anne Neukamp procède par «rebonds» à travers une multiplicité de sources, de motifs, d’allusions symboliques et de couches de matière. Ici, elle propose un ensemble de ses derniers tableaux grand format, à l’intérieur desquels l’image persiste à l’état de fragment.

C’est à partir de cette constellation de parcelles d’imaginaires qui filent sur la toile que l’image se manifeste, tantôt disparaissante, tantôt persistante. Ces surfaces kaléidoscopiques aux tonalités sourdes et terreuses jouent sur des effets de profondeur optique et de superpositions de plans, brouillant la hiérarchie entre premier et arrière-plan.

Chez Anne Neukamp, l’image première s’ouvre pour laisser entrevoir ses souterrains et l’œil du spectateur parcourt la toile entre perception immédiate et apparition progressive du sujet. Les plans se recouvrent et se découvrent, les formes géométriques qu’elle peint sont comme des vignettes à l’intérieur desquelles viendraient s’inscrire les prémisses d’un dialogue avec l’arrière-plan du tableau, où alors elles rappellent le motif circulaire de l’œil lui-même, pupille dilatée, voire hallucinée qui avale le réel pour le transmuer en virtuel. Aussi, chez elle, le réel transparaît sous une forme symptomatique, résurgence d’empreintes figuratives qu’elle puise dans l’imagerie populaire, sticker, carte postale, pictogramme, bande dessinée et qui viennent habiter la toile pour se fondre dans sa logique abstraite.
Ici, le motif pictural semble tantôt se dissoudre dans l’arrière-plan, tantôt refaire surface depuis le fond. C’est par ce double jeu d’apparition et de dissolution entre les différents plans que ces images entrent en mouvement.

Pour Anne Neukamp, le rêve, machine abstraite, en réponse à l’obsolescence d’un réel figé, semble disperser le corps de l’image. Quelque chose d’un instantané, arrêt sur une image cristalline, vulnérable, nervurée qui semble dans un même moment tirer la couverture du visible pour finalement laisser l’illusion intacte.
Lorsque la peinture vient à se craqueler, Anne Neukamp, plus que de parodier l’effet du temps sur la matière, tient plutôt à souligner la facticité de ces surfaces «écrans». C’est par jeu d’imaginaires superposés, effets de trompe-l’œil et de perspectives optiques, par discontinuités dans la narration picturale, que l’œuvre brouille les pistes de sa généalogie par un jeu de frottement entre le visible et le caché. 
Sa vision, celle qu’elle s’attache à retranscrire, assume son héritage: depuis le constructivisme, l’abstraction géométrique, l’op ou le pop art jusqu’aux procédés des primitifs flamands qui employaient cette même technique mixte d’huile et de «tempera».

Cet enchevêtrement de plans, ces images à la fois lisses et rugueuses, ces surfaces pleines ou manquantes semblent alors retranscrire un état où l’image n’est jamais entière, offert au regard dans une forme d’inaccomplissement qui laisse une place libre à l’imaginaire pour y superposer à son tour son propre rebond.