ART | CRITIQUE

Raconte-moi une histoire…

PMaïa de Martrin
@12 Jan 2008

Comment raconter une histoire où le spectateur aurait pour une fois le mot de la fin? A l’invitation de la galerie Baumet-Sultana, Frédéric Bonnet, commissaire de l’exposition «Raconte-moi une histoire…», confronte trois regards différents sur la puissance narrative de l’œuvre.

Quelle histoire pourrait-on voir dans ces deux grands monochromes en plexiglas, qui nous accueillent majestueusement à l’entrée?
L’artiste n’est guère inconnu. L’œuvre de Joao Louro, très présente en Espagne et au Portugal s’expose déjà aux foires internationales de Miami, Venise ou Bale.

Son travail propose des matériaux aussi variés que les néons, la peinture ou les installations multimédia et interroge la valeur de l’image en termes de contenu et de langage.
Ici, il a pioché dans de vieilles photographies de magazines des années trente, leur extirpant une légende. Les photos ont disparu, le sous-titre est resté, décalé avec la surface minimaliste, monochrome et muette.

Au bas de chaque «Blind Images» rouge ou noire figure donc un texte aux allures de romans. On songe à Breat Easton Ellis, pour son côté un peu trash, mais aussi à Tzara, Cocteau… à l’influence indéniable du cinéma. Une histoire est en cours… «C’est une amorçe, un début d’identité, on ne sait jamais où on va», raconte avec délectation l’un des galeristes.

«Raconte-moi une histoire…» offre à voir plusieurs médiums dont la puissance narrative réside aussi dans le traitement de la matière. Peintures, vidéos ou plexiglas insufflent l’histoire même du récit.

Fire and Ice, de Jacin Giordano, éclabousse de couleurs, crache la matière comme autant de pépites colorées et scintillantes. L’œuvre accroche le regard, nous invite presque à venir toucher cet amas de peinture multicolore, appliquée par couches successives. En s’approchant un peu, on aperçoit des collages de fils, de fragments de laine, de brillants… Jacin cuisine chaque tableau avec minutie.

Il s’en dégage une grande sensualité, un subtil mélange d’agressivité et de retour à l’enfance. D’apparence naïve et joyeuse, l’œuvre nécessite une lecture attentive. Frédéric Bonnet se montre d’ailleurs «très fier de ce jeune artiste américain de 28 ans à peine et dont les toiles sont exposées pour la première fois en Europe, dont Paris puis Bâle».

Le travail de la jeune Niam O’Malley s’annonce tout aussi poétique, bien que plus attendu. Un concept intéressant de vidéo superposée sur une peinture représente des scènes d’intérieur et d’extérieur.
L’action filmée, silencieuse et contenue, nous plonge dans une attente indéfinie, puisqu’on ne sait ce qu’il va se produire… L’extrême simplicité du procédé, la multiplication des points de vue possibles, la contemplation générée par le spectacle d’une action en devenir rendent à cette œuvre une forte charge narrative.

Discrète, cette exposition révèle pourtant des artistes internationaux dotés d’un réel univers artistique, d’une présence. L’émotion et l’imagination sont aux premières loges.

English translation : Nicola Taylor

Niamh O’Malley
Greenstreets, 2005. Diapositive projetée sur peinture. 27 x 20 x 5 cm.
North St, Skibbereen, 2005. DVD, projection 3 mn en boucle, huile sur toile. 101,5 x 76,5 cm.

João Louro
Blind Image #109, 2006. Acrylique sur toile, émail sous plexiglas. 200 x 200 cm.
Blind Image #107, 2006. Acrylique sur toile, émail sous plexiglas. 81 x 100 cm.

Jacin Giordano
Tornado Painting #1, 2005. Acrylique sur toile. 50,8 x 40,6 cm.
Blind Stare, 2006. Acrylique sur toile. 50,8 x 40,6 cm.
Black Pour, 2006. Acrylique, fil et vernis sur bois. 50,8 x 40,6 cm.
Falling, 2006. Acrylique, fil et vernis sur bois. 122 x 122 cm.
Fire and Ice, 2006. Acrylique, fil et vernis sur bois.152,4 x 165,1 cm.
White Hole, 2006. Acrylique sur bois. 50,8 x 40,6 cm.
Untitled (Mountain Spill), 2002. Acrylique sur toile. 121 x 91 cm.
Untilted (Polka Dots), 2003. Acrylique, huile, fil sur toile. 122 x 122 cm.
Untitled (Triple Rainbow), 2004. Acrylique sur toile. 50 x 50 cm.

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