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Questions de poses

04 Juin - 11 Juil 2009
Vernissage le 06 Juin 2009

Sur le mode du glissement d’une exposition à une autre, la confrontation des travaux de José Maria Sert et ceux de Noelle Hoeppe ou encore Holger Trülzsch, élargira le propos sur le corps, qu’il soit nu ou vêtu, comme matière de formes, d’expressivité et de sens.

Paul Citroën, Lisette Modell, Umbo, Willy Zielke, Robert F. Hammerstiel, Noelle Hoeppe, Hogan, Amblard, Jean Rault, Jacqueline Salmon, Holger Trülzsch, Vera Lehndorff, Pierre Jahan et Albert Rudomine 
Questions de poses  

En contrepoint aux études et scènes avec modèles de José Maria Sert 1900-1945, un laboratoire historique et contemporain 1865-2005.

Sur le mode du glissement d’une exposition à une autre, cher à la galerie depuis 2007, celle consacrée à José Maria Sert, qui déployait pour la première fois ses études et scènes avec modèles – fabriquées en photographie, motif par motif, pour être littéralement décalquées à l’échelle de ses immenses et foisonnantes peintures murales, va se muer en une confrontation collective qui élargira le propos à d’autres travaux insistant sur le corps, qu’il soit nu ou vêtu, comme matière de formes, d’expressivité et de sens.

Sert lui, scénographiait ses modèles, via la photographie, en personnages porteurs de bribes de narration pour les assembler en vastes et héroïques récits peints profanes, comme Les aventures de Sinbad le marin, résidence Joshua Cosden (Palm Beach, Usa 1923-1924), L’expédition de la Reine de Saba, salon de bal Maurice Wendel (Paris 1922-1924), Ce qui sépare et unit les hommes, salle du conseil F. Vitoria, Palais des Nations (Genève 1936), Les triomphes de l’humanité, Hall Rca, Rockefeller Center (New York 1940). Et tout autant en récits sacrés, comme les variations bibliques et flamboyantes développées en trois projets successifs pour l’œuvre de toute sa vie : la  cathédrale de Vic (Espagne 1900-1945)

Les problématiques de travail avec modèle en photographie que nous allons confronter à celles de José Maria Sert sont exemplaires de différentes approches de finalité purement photographique, hors tout contexte pictural à l’exception d’un extrait, sous forme de triptyque d’un corpus de caractère champêtre sur négatifs verre d’un peintre inconnu (ca 1865), et d’une inversion des médiums avec le quadriptyque de peinture sur corps d’Holger Trülzsch et Vera Lehndorff.

Pierre Jahan et Albert Rudomine œuvraient dans le registre du nu, le premier en incarnant les quatrains du poème Plain Chant de Jean Cocteau dans le lent, tendre et ombreux défilement, image par image, des ébats d’un couple amoureux sur un lit (1947); le second en prélevant sur les clientes de son studio de portrait une dîme de chair pour nourrir la matière infiniment sensuelle de ses tirages, lorsqu’elles acceptaient de poser  nues leur visage toujours gardé hors champ (1920-1930).

Les démarches contemporaines que nous avons choisi de mettre en avant ont de fortes identités et démontrent chacune une volonté de sens, une méthode de travail, un rapport au modèle, qui s’opposent aux académies ou aux poses classiques délivrées par la photographie ancienne. Il y a toujours un projet conceptuel pour sous-tendre la mise en œuvre du face à face avec l’autre – ou parfois avec soi-même, et un discours visuel, modulé d’une image à l’autre, pour atteindre sa pleine consistance dans la série.

Le propos peut être de nature typologique ou métaphorique, le contenu à destination critique, sociale ou esthétique, et les moyens d’argumentation visuelle peuvent relever de la juste distance ou d’une complicité sensible. Mais sont privilégiés par tous ces artistes actuels le choix de tel ou tel modèle, l’attention qu’ils lui portent en tant que personne, en tant que corps, et non pas à l’instar de Sert comme simple figurant interchangeable de la fantasmagorie du maître en marche vers le mur.

Les poses elles-mêmes dérivent à la fois de la présence singulière au monde des corps et du contexte d’action où ils interviennent, de la vérité nue à l’interprétation théâtrale ou ludique, de la convention ironique à la majesté brutale. Quant à la photographie, elle est aussi prise à parti par ces artistes contemporains, pour qui il n’est pas de production sans réfléchir et creuser leur médium, au contraire de José Maria Sert pour qui elle était essentiellement une méthode, un vecteur pour transfigurer le réel en tableau.