ART | CRITIQUE

Quelqu’un par terre

PAurore Bonneau
@12 Jan 2008

Quête paradoxale, puisque purement auditive, d’un corps qui demeure non seulement invisible mais silencieux. Investigation mentale à laquelle l’artiste nous conduit à partir de ces quelques mots: Quelqu’un par terre.

De prime abord, l’installation de Dominique Petitgand paraît n’être que la juxtaposition d’ambiances sonores présentées dans des pièces distinctes: les fracas métalliques de chaises tombées au sol; des voix de femmes discourant sans interlocuteurs; un vent lugubre emprunté à quelque film d’horreur.
On pourrait croire à l’accolement de trois microcosmes autonomes, indépendants les uns des autres, si le titre de l’exposition, «Quelqu’un par terre», ne sonnait comme une incitation à la recherche du sens qui les unit, et donc à la recherche du corps. Quête paradoxale, puisque purement auditive, d’un corps qui demeure non seulement invisible mais silencieux. Investigation mentale à laquelle l’artiste nous conduit à partir de ces quelques mots : «Quelqu’un par terre».

La position du corps au sol l’assimile d’emblée aux bruits de chaises dans lesquelles un inconnu donne des coups de pieds rageurs. La violence envers l’objet se mue en brutalité inhumaine, et l’écoute du montage sonore devient quasiment insoutenable. La chaise-symbole renouvelle l’identité du sujet: ce n’est plus «quelqu’un par terre» mais un blessé, gisant.

Présenté dans une pièce adjacente, un concert de voix féminines: il y a de la Cantatrice chauve dans cet amalgame de répliques juxtaposées les unes aux autres pour former un tout à priori insignifiant. C’est pourtant ce corpus qui sous-tend le mieux l’implicitement tragique en jeu : «Elle me demande l’impossible» scande une voix angoissée, «Quelqu’un par terre» semble lui répondre une autre.
Au rythme saccadé des dictions, on soupçonne l’imminence ou le constat d’un drame. Puis, venant conclure le texte, la formule incantatoire du refoulement est prononcée: «Tout est oublié, tout est effacé».

«Le contenu du rêve nous est donné sous forme d’hiéroglyphes, dont les signes doivent être successivement traduits dans la langue des pensées du rêve» (Freud, L’Interprétation des rêves).
Le travail de Dominique Petitgand se modèle autour d’un récit lacunaire et hiéroglyphique que complète l’interprétation individuelle. Le visiteur doit l’appréhender comme un rêve dont il ne se souviendrait qu’à moitié. La quête de sens s’effectue donc autour d’un corps martyr représenté par une chaise, type de substitution spécifique au langage onirique où, pour éviter le trauma, l’inconscient substitue le symbole au fait.

Dominique Petitgand :
Quelqu’un par terre, 2005-2006. Installation sonore pour 7 haut-parleurs (version sous-titrée).

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