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Quatre à quatre

PBenjamin Bianciotto
@29 Mar 2010

Roxane Borujerdi tente le pari de l’abstraction lo-fi. Par une exploration large des techniques utilisées, dessin, vidéo, quasi installation, sculpture, photographie, la jeune artiste française poursuit une quête du fait main basse-def de qualité. Une attitude qui a parfaitement fait ses preuves dans la musique folk américaine... et dans l’art?

Le travail de Roxane Borujerdi montre une belle vitalité, ce qui n’est pas si commun dans une tendance au morbide, voire au mortifère, sur le marché de l’art actuel. Vitalité dans les techniques explorées, mais également dans le déploiement d’un univers fortement coloré, vif dans le geste et empli d’humour absurde dans les vidéos. Un débordement de vie que l’on retrouve dans ses dessins.

Le rez-de-chaussée de la galerie est consacré à un face-à-face de deux séries de dessins. Une première exécutée aux crayons de couleurs, la seconde travaillée à la plume de bambou et encres colorées (série Inkling), de format supérieur.
Les œuvres aux crayons de couleurs apportent un contraste étrange. Un travail d’abstraction, fondé sur un jeu formel et rythmique, ni franchement géométrique, ni purement lyrique, et un médium et une réalisation relativement naïve et brute. Une sorte d’abstraction d’enfant. Une catégorie qui ne se rencontre que peu fréquemment, sauf peut-être à hanter les couloirs d’instituts pédiatriques spécialisés…
Une approche légère, salutairement détachée du poids de la tradition mais qui a du mal à se situer dans les intentions. Si elle arrive à échapper au schéma «style et technique enfantins / thème et figuration enfantins», cet entre-deux tire vers le (conceptuellement) non-fini.
Sur le mur opposé, les encres reprennent les mêmes enjeux de représentation mais affichent une plus grande maîtrise dans l’utilisation des couleurs fondues et la variation de l’intensité du dessin.

A l’étage, les photos de volumes colorés sur fonds noirs sont l’exemple même de la réussite de son entreprise. Encadrées en caisse américaine, elles jouent de l’ambiguïté du rendu pictural et de la sensation d’images 3D travaillées sur ordinateur pour affirmer avec force leur caractère d’objets banals, cartons colorés assemblés.
Le travail sur la mise en lumière, le cadrage, l’assemblage des surfaces colorées, tout concourt à troubler le spectateur et à solliciter de sa part une indispensable attention au détail. Rappelant les hautes heures de l’abstraction (utilitariste) du Bauhaus et questionnant le statut de la photographie comme celui de la sculpture, la série sonne comme un album de Pavement: mélodique, brut, simple et intelligent.

A l’inverse, les modules au sol, les bois colorés, le dessin sur liège dans la vitrine, ne paraissent se poser qu’en ersatz des photos. Une déclinaison du travail, de ses idées directrices mais dans un dessein qui n’arrive pas à affirmer son autonomie.
De même, les vidéos, saynètes performatives (bulles dans une flaque de boue, test de chutes de tartines, etc.) ou tentative de dressage d’un écureuil accro à la noisette, semblent s’éloigner plus nettement de l’ensemble cohérent que souhaitait former une réflexion sur les poncifs traditionnels de l’art, forme et couleur.
Divertissantes certes, emplies d’un élan (utile pour sauter un mur…) rafraîchissant, mais qui viennent brouiller la lecture du propos initial. On est en droit de se demander si c’est leur présence même ou bien plutôt l’accrochage proposé de celles-ci qui contrarie l’ensemble, toujours est-il qu’à vouloir monter les marches quatre à quatre, on risque d’en louper une.

Liste des œuvres
— Roxane Borujerdi, Sans Titre, 2009. Impression digitale. 50 x 70 cm.
— Roxane Borujerdi, Inkling, 2007-09. Série de dessins A4, plume de bambou, encres de couleurs.
— Roxane Borujerdi, A squirrel eating a nut, 2009. Vidéo.
— Roxane Borujerdi, Trifle cloud, 2009. Série de dessins, crayons de couleurs. 25 x 25 cm.
— Roxane Borujerdi, Flat actions, 2008. Série de vidéos.

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