ART | EXPO

Push-Pull

07 Avr - 28 Mai 2005
Vernissage le 06 Avr 2005

Un jeu de piste, subjectif et cohérent, pour celui qui réussit à décrypter les liens, de propositions plastiques visuelles et textuelles. Point de départ, le slogan détourné : Did you do it?. Puis des reproductions de : la chaîne de l’Himalaya, la montagne K2, de Monte Verita. Pour finir par un homme fièrement enfouie sous un amoncellement de déchets issus de notre société de consommation. Le lien? Notre capacité à mettre en œuvre et concrétiser nos désirs.

Daniel Firman
Push–Pull

Push–Pull est la première exposition personnelle de Daniel Firman dans un centre d’art contemporain d’Ile de France. Plus souvent identifié pour la série des gathering, moulages de corps surchargés d’objets manufacturés, Daniel Firman, pour cette exposition, prend appui sur l’ensemble et la diversité de sa pratique artistique et notamment, sur ses projets dernièrement développés. L’exposition, à l’instar d’un jeu de piste, est conçue comme un assemblage subjectif et cohérent de propositions plastiques visuelles et textuelles extrêmement sensibles. Le parcours de l’exposition offre aux visiteurs quelques clés d’appréhension et de compréhension pour rebondir d’une œuvre à l’autre.

Dans la première salle, sur la totalité des cimaises et sur toute leur hauteur, l’inscription «Did you do it ?» accueille le spectateur. Sous la forme interrogative, cette proposition reprend et détourne l’injonction du célèbre slogan publicitaire d’un équipementier sportif «Just do it !», dans lequel faire devient égal à être. En échos, au centre de l’espace, un volume en acier inox polys miroir, K2f, reproduit les formes d’un sommet de la chaîne de l’Himalaya, le K2, réputé pour être le plus difficile à escalader.K2f est réalisé avec le concours de l’Electiomagnetics and Radar Department de l’ONERA (Organisme National d’Etudes et de Recherches Aérospatiales.) Ses multiples facettes réfléchissantes, organisées selon les principes de la furtivité et de l’indétectabilité, tel un prisme, reflètent et diffractent l’image de toute présence et de tout élément environnemental. Une connivence s’instaure dès lors entre les deux œuvres qui questionnent notre capacité à mettre en œuvre et à concrétiser nos désirs, nos rêves et nos projets.

La référence à ce sommet mythique fait historiquement, symboliquement et topographiquement le lien avec la Suisse et la suite de l’exposition. En 1954, année de la première ascension du K2, le Dr Schimgdall, chimiste suisse, met au point la formule d’un détachant qu’il baptise K2R, pour associer son efficacité à la blancheur et à la pureté de cette montagne. Sur l’un des murs de la seconde salle est collé le poster d’une vue panoramique du Monte Verita, petit mont situé au bord du lac majeur et au pied des alpes suisses. Il fut, au début du siècle, le point de rassemblement d’une communauté d’artistes et d’intellectuels fuyant l’industrialisation et l’urbanisation pour, en guise d’alternative, vivre en harmonie avec la nature et réformer la vie par une libération des mœurs. Rudolf Von Laban y créa une des premières écoles de danse expérimentale.
Le double moulage d’une jeune femme, reprenant de mémoire le geste de danse de Mickael Jackson, fortement connoté sexuellement, fait contrepoint à l’image du Monte Verita. Elle procède avec une attitude de provocation édulcorée, éloignée de toute expérience remplie.

Au centre de la dernière salle figure Color safe, réalisé en 2003 à l’occasion de l’exposition «Extra !» au Swiss Institute à New York. Pour ce gathering, Daniel Firman a glané durant un mois des déchets plastiques et polluants dans les rues de Brooklyn. Comme dans tous les gathering, le buste et le visage du porteur disparaissent sous l’amoncellement d’objets rebuts, pour devenir l’image générique de notre rapport ambiguë et ambivalent à une production et une consommation standardisées.

L’ensemble de l’espace d’exposition est rythmé par des murs colorés, selon les principes de polychromie adaptés à la Villa Savoye et définis par Le Corbusier pour l’ensemble de ses réalisations architecturales. Les différentes œuvres réunies ici sous forme d’installation, tout en conservant leur autonomie, supposent une lecture globale d’éléments sensibles, visuels et textuels qui entrent en résonance et produisent une large articulation de sens. Sous le titre «Push-Pull», deux gestes qui s’opposent, elles établissent entre elles, des liens et des contrepoints, confrontent des points de vue et induisent des axes de réflexion. Elles questionnent ainsi l’élasticité de nos certitudes pour révéler la largesse drolatique et chaotique des contradictions de nos actes et de nos choix, en prise perpétuelle avec notre insertion dans une société moderne et notre aspiration à un ailleurs édénique.