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Prix Novembre 2006

PLiv Taylor
@12 Jan 2008

324 participants, 44 sélectionnés, 2 lauréats: le prix international de Vitry présente une 38e édition aussi fraîche et singulière que les premières. Nicolas Guiet et Samuel Richardot, les deux couronnés de l’année avec deux œuvres qui s’inscrivent aux antipodes l’une de l’autre, en sont les exemples les plus démonstratifs.

Le Prix Novembre réunit chaque année la jeune création française et internationale dans le domaine de la peinture et de l’œuvre graphique. Les participants déposent une seule pièce, ce qui rend l’accrochage des sélectionnés périlleux et difficile à mettre en place. Toutefois, les enchaînements et la fluidité de la déambulation ne sont pas entamés ici.
On entre dans l’exposition avec un dessin mural de Marie-Jeanne Hoffner, un trait rapide, affirmé représentant l’intérieur de la Galerie et réalisé de mémoire, à l’aveugle. L’artiste transforme le vrai en espace fantasmé, libéré de ses contraintes architecturales, flottant sur le mur, narguant même la maigre réalité.

D’autres artistes interrogent l’espace, et posent une réflexion ou plutôt une critique sur le rôle du tableau comme révélateur d’un territoire virtuel: Juan Mendizabal qui déconstruit la perspective orthonormée héritée de l’abstraction géométrique; Olivier Filippi qui provoque non seulement la rencontre d’une forme élastique et fuyante avec un fond gagné par l’austérité mais aussi celle de la forme et de son prolongement hors du cadre; Julien Pelloux qui fait s’enchevêtrer des lettres, des mots (Beau Miroir) dans un dédale géométrique, une toile d’araignée en noir et blanc constituée d’un ensemble de signes lâchés dans la perspective du tableau.

Et Nicolas Guiet, l’un des deux lauréats, qui s’empare des espaces que l’art n’occupe pas: les coins, les sols, les plafonds grâce à des structures oscillant entre le tableau et la sculpture. Celles-ci viennent littéralement parasiter le processus de monstration des œuvres, en dénaturant l’objet d’art (ses formes sont toujours indéfinissables) et en accentuant, en surjouant la fonction de ces aires sans qualité, à l’image de l’anarchitecture imaginée par Gordon Matta-Clark pour qualifier ou requalifier des zones oubliées du bâti.

A l’opposé de Guiet donc, Samuel Richardot propose un paysage qui tangue entre réalité et abstraction. La peinture est jetée sur la toile dans un ordre semble-t-il dispersé, des éléments concrets subsistent de cette déconstruction: le regard s’en empare et reconstitue petit à petit une organisation impeccable qui fait se balancer les couleurs, épouser les formes entre elles. Du chaos naît la douceur d’un univers naturel, d’une végétation luxuriante et prometteuse. On pense aux romantiques allemands, à Cy Twombly surtout.
On retrouve la même énergie dans le dessin de Marine Joatton, sorte de bestiaire nerveux qui se confond à l’anthropomorphisme de certaines figures. Ou bien dans la peinture de Romain Bernini, un alpiniste isolé au sommet d’une colline indéterminée, entre montagne et tas d’immondices.
La même vigueur du trait et le même traitement abrupte de l’environnement dans la reprise d’un tableau de Poussin par Dalibor Tanko ou dans le jaillissement violent et désarticulé d’un portrait d’homme par Youcef Korichi. Le portrait est aussi le territoire de l’introspection et de ses formes apaisées: l’introspection comme une quête psychologique déterminée par une apparition difficile (le visage masqué du soudeur chez Elzévir) qui frôle même la disparition (le portrait d’une femme noir sur noir par Grégory Cumins).

La sélection relevée de cette année donne de précieux indices sur la capacité de la jeune création à renouveler son approche de la peinture. Nicolas Guiet et Samuel Richardot, les deux lauréats 2006 qui se retrouveront pour une exposition de leurs travaux en juin prochain, symbolisent cette vitalité.

Nicolas Guiet
Mof Jbmf J, 2006. Installation.

Samuel Richardot
Sans titre, 2006. Acrylique sur toile.