ART | PRIX

Prix Marcel Duchamp 2008

17 Juin - 14 Sep 2009
Vernissage le 16 Juin 2009

Après Philippe Mayaux en 2006 et Tatiana Trouvé en 2007, Laurent Grasso est le lauréat du Prix Marcel Duchamp 2008. A cette occasion, il a disposé, à l’autre bout de l’Espace 315, une réplique d’une antenne de Tesla.

Laurent Grasso – Prix Marcel Duchamp 2008
The horn perspective

Espace 315 – Niveau 1
Remise du Prix Marcel Duchamp le mardi 16 juin à 20h, au Centre Pompidou, Forum

Laurent Grasso, Lauréat du Prix Marcel Duchamp 2008
En moins d’une décennie, en mobilisant divers médias et techniques, Laurent Grasso a su donner naissance à une oeuvre singulière qui aime ne pas laisser le spectateur avec ses certitudes. Tout est possible (2002) nous fait suivre la déambulation et les propos d’un homme hanté par les fantômes et les extra-terrestres.

Radio Ghost
(2004) nous fait planer au-dessus de Hong-Kong au son d’histoires spirites racontées par des techniciens du cinéma. 1619 (2007) donne à voir une aurore boréale artificielle et Éclipse (2006), des images d’allure documentaire sur un événement exceptionnel : la conjonction d’un coucher de soleil et d’une éclipse. Une autre oeuvre (Sans titre, 2003-05) propose un travelling arrière sur le parcours d’un inquiétant nuage dans les rues de Paris.

La poétique de Grasso participe d’une nouvelle ère du soupçon. Ce monde que le rationalisme, le positivisme, les progrès de la science, le développement des technologies devaient rendre transparent à lui-même redevient opaque, étrange. Voilà donc un art qui joue avec la question d’un sens caché ou absent.

Si la science fournit à l’artiste certains objets et certains motifs, elle est loin d’être son seul fournisseur. De même, si Grasso s’intéresse aux phénomènes paranormaux, il ne croit pas pour autant aux esprits ou aux fantômes. Les aurores boréales ou les éclipses solaires n’occupent ni tous ses jours ni toutes ses nuits.

La surveillance planétaire des télécommunications ou la mutiplicité des univers que postule la théorie des cordes ne l’obsèdent pas en permanence. Si son art fait appel aux histoires spirites ou aux données scientifiques les plus invraisemblables, c’est, d’une part, pour permettre des oeuvres qu’un imaginaire plus restreint n’aurait pas permises, c’est, d’autre part et peut-être plus fondamentalement, pour résister à cet idéal de transparence qui est celui d’une société de communication et de surveillance.

Mais le mystère, l’étrange, cette fuite du sens, Grasso ne les déniche pas seulement dans des bases militaires secrètes ou dans des phénomènes extraordinaires. Il peut aussi nous les faire percevoir grâce au film d’un simple vol d’étourneaux dans les cieux romains ou à l’errance d’une caméra dans les studios déserts de Cinecittà, au milieu des décors désaffectés de Gangs of New York.

La science ou le paranormal ne sont nullement des fins pour Laurent Grasso, mais des moyens grâce auxquels son art a su se faire l’acteur d’une importante mutation esthétique : la fin du paradigme moderniste de la transparence.

Présentation du projet

En 1964, deux radio-astronomes américains utilisent l’antenne Horn, dans le New Jersey, afin de mesurer la puissance des ondes radio émises par notre galaxie. Ils capteront un bruit de fond qu’ils ne savent pas expliquer et qui s’avérera finalement être le fossile sonore du Big Bang qui a donné naissance à l’univers, il y a dix milliards d’années.

De cette antenne, Laurent Grasso a fait une sculpture. Tout comme il a disposé, à l’autre bout de l’Espace 315, une réplique d’une antenne de Tesla. Nikola Tesla (1856-1943) fut l’un des scientifiques les plus fascinants de son temps : le grand maître du transport de l’électricité, l’inventeur de la radio, le premier théoricien des armes à énergie dirigée et le préfigurateur des recherches sur l’énergie ionosphérique. En 1899, l’antenne qu’il avait installée à Colorado Springs fut peut-être la première à capter des ondes radio venues de l’espace.

Au fond de l’espace, un écran sur lequel est projeté un étrange travelling que semble affoler la présence voisine des deux antennes. Sur les murs, des enceintes acoustiques, au design intrigant, archaïque et moderne tout à la fois, diffusent un bruit de fond qui serait presque aussi énigmatique que celui capté par la Horn Antenna.

De quel(s) phénomène(s) est-il l’obscur témoignage ? De quel scénario entendons-nous la bande-son ? Comme il sait si bien le faire, Laurent Grasso, avec ce film, ces sons, ces appareils, vous maintiendra dans les parages d’un sens auquel vous n’accèderez jamais vraiment.

Il manigance un climat, trame un espace où les tentatives pour réinstaurer du sens sont parées, parasitées, paralysées. En d’autres termes, il lance un appel à la paranoïa, c’est-à-dire, étymologiquement, à demeurer dans une éclipse du sens, à côté de la réalité. De la Horn Antenna à l’antenne de Tesla, travelling spatial, travelling temporel, tout est possible.

critique

The Horn Perspective

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