ART | CRITIQUE

Prix Marcel Duchamp 2006

PMuriel Denet
@12 Jan 2008

Assurément duchampien, Philippe Mayaux est lauréat du Prix Marcel Duchamp 2006. Il manie le calembour, et déploie des trésors de raffinement dans le mauvais goût et le scabreux. Mais la gratuité n’est pas de mise…

Philippe Mayaux est lauréat du Prix Marcel Duchamp 2006. Cette distinction va comme un gant à une œuvre vouée à la perpétuation de la rupture initiée par le maître. L’alliance des contraires en étant, bien sûr, une marque de fabrique. À l’artiste-artisan, «l’artiste-faiseur, qui pose devant son tableau», raillé par Marcel Duchamp, Philippe Mayaux préfère l’alchimiste qui provoque des rencontres pas vraiment fortuites, qui fusionne des éléments hétérogènes, dans une veine surréaliste qui ne l’est pas tout à fait.
Assurément duchampien, l’artiste manie le calembour, et déploie des trésors de raffinement dans le mauvais goût et le scabreux. Mais que l’on ne s’y trompe pas: la gratuité n’est pas de mise.

Un long tapis rouge est déroulé au mitan de l’espace tout en longueur du studio 315. En cette période cannoise, l’effet cinéma est garanti. Depuis un drapeau blanc, lacéré et ensanglanté, qui s’agite tout aussi mécaniquement que vainement, jusqu’à une pierre tombale à l’absurde épitaphe réclamant la mort de l’infini, le travelling traverse un cabinet de curiosités, qui rassemble, sous vitrines, un arsenal d’armes de guerre, et les cimetières de leurs victimes innombrables, en miniature, et blancs comme paix.
Puis, un cénacle de menteurs — neufs masques aux yeux fermés, oreilles d’âne ou groin de cochon —, qui débitent des promesses d’amour, de fidélité, et de félicité (toute ressemblance avec les discours ambiants n’étant sans doute que coïncidence) aussi familières et romantiques, qu’intenables.

On longera aussi une galerie de pendules kitsch, sans heure, dont le coucou est remplacé par un sexe féminin immobile, que l’agitation de vagues plumes ne saurait cacher, décliné en six teintes de chairs, comme des parfums, dit l’artiste. Un buffet de gourmandises pour cannibales est d’ailleurs prévu: éclairs fourrés aux doigts, entremets de tétons flottants, tartelettes de vulve, le tout dans les coloris excessifs de la pâtisserie de supermarché.

Tout est consommable. Tout est recyclable. Mais le rapport de l’œuvre au réel, sous son vernis loufoque et rebutant à la fois, est complexe et ambigu, fait de multiples allers et retours.
Peindre ce qui n’est pas photographiable, mouler ou photographier ce qui serait redondant en peinture. Emprunter des formes et les remplir de leur contraire. Préférer la copie à l’original. Bref, travailler la matière libérée par Marcel Duchamp, et surtout ne pas séduire, «l’art est d’abord fait pour être vu, pas pour plaire».
Pour preuve, ce grand sexe féminin entrouvert, aux chairs flasques, habillé de feuilles de mais (transgénique ?), symboliquement bouclé d’un ceinturon de cuir, sous une pluie d’étoiles roses, de lardons et petits pois bien calibrés : L’Origine de l’immonde. Histoire de rire (jaune) pour ne pas vomir devant le spectacle du monde.

Philippe Mayaux
Chimère: t’as du feu?, 2007. Tirage numérique sur papier. 300 x 400 cm.
Quickly White, 2005. Inox, moteur, drapeau.
Angry White, 2007. Vitrines (6) et objets en plâtre. 60 x 100 x 30 cm chaque.
Qui va gagner des millions d’amis?, 2006. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
Anus Garden, 2006. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
French Cancan, 2006. Plexiglas, résine, plumes et moteur. 35 x 20 x 12 cm, chacune des 6 pièces.
L’Origine de l’immonde, 2004. Tempera sur papier. 141 x 84 cm.
Chimère: la décloneuse, 2007. Tirage numérique sur papier. 300 x 400 cm.
Chimère: Focbit, 2007. Tirage numérique sur papier. 300 x 400 cm.
A mort l’infini, 2007. Corian, moteur, miroir. 110 x 120 x 60 cm.
Cheddar, Mortadelle, Cosmos, 2005. Tempera sur toile. 21 x 41 cm.
Unis contre le motif, 2005. Tempera sur toile. 34 x 47 cm.
Savoureux de toi, 2006-2007. Plâtre synthétique peint, porcelaine, verre. Dimensions variables.
Menteurs, 2007. Plexiglas, plâtre synthétique peint, laiton, enceinte et bande sonore MP3. Son: Jean-Noël Yvan. 35 x 20 x 12 cm chaque.
L’Aube, 2006. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
Épine, 2006. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
Tremble, 2006. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
Du Bouleau, 2006. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
Un Noyé, 2007. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
Hêtre, 2007. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
Du Charme, 2007. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
Marronnier, 2006. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
Laurier, 2007. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
De Cyprès, 2006. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
Le Pleureur, 2006. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
Putier, 2006. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
If, 2005. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.
Houx, 2006. Tempera sur toile. 35 x 24 cm.