ART | CRITIQUE

Prix Marcel Duchamp 2003

PMuriel Denet
@12 Jan 2008

Invitation, avec une légèreté teintée d’ironie, à une réflexion sur les formes vernaculaires de l’habitat idéal. Un déconcertant rapport avec l’institution et les œuvres qu’elle abrite.

Matthieu Mercier, prix Marcel Duchamp 2003, essuie les plâtres de l’Espace 315, désormais consacré aux artistes de « la jeune génération ». Rompant, en apparence, avec les procédés qu’on lui connaît — le recyclage, et la réduction, des formes modernistes de l’art en des formules prêtes à consommer —, l’artiste invite, avec une légèreté teintée d’ironie, à une réflexion sur les formes vernaculaires de l’habitat idéal.

Un pavillon de rêve est donc planté au milieu de la galerie. Fidèle réplique de ceux qui prolifèrent dans les dépliants des promoteurs immobiliers, avant de gangrener par nappes contaminatrices la périphérie des villes. Propret, lisse et rutilant, comme un jouet neuf hypertrophié, ses dimensions sont telles que le toit rouge plastique frôle les tuyauteries du paquebot Beaubourg, et qu’un espace est juste préservé pour en faire le tour (du propriétaire).

Plus loin, des étais profilés surdimensionnés, aux couleurs pimpantes et métallisées, semblent d’ailleurs soutenir le plafond du Centre, et protéger ainsi le pavillon d’un éventuel effondrement (de l’institution ?). Enfin, des plaques de granit parfaitement ajustées renforcent et soulignent l’un des coins de l’espace d’exposition, comme pour marquer le territoire (de l’art ?).

Boîte vide, et hermétique, sans charnière ni poignée aux portes, la maison se révèle inhabitable. L’élimination du détail, la ligne droite et nette, l’assemblage soigné — comme un retour des manières modernistes chères à l’artiste —, visent et atteignent l’épure, la stylisation, des archétypes du bonheur pavillonnaire. Il reste une enveloppe, pimpante et affligeante de conformisme, qui sonne creuse, et engage un déconcertant dialogue avec l’art : son histoire (de Duchamp à Lavier), ses fonctions (sans finalité), et son institution la plus prestigieuse.

Matthieu Mercier
Sans titre, 2003. Pavillon en résine, fibre de verre, plexiglas, plastique, Forex ; 4 colonnes en acier peint ; 3 dalles de granit.