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Prix Altadis

PMarie-Jeanne Caprasse
@12 Jan 2008

Exposition d’œuvres récentes des six lauréats du prix Altadis 2003. Trois artistes résidant en Espagne : Mateo Maté, Mabel Palacín, Sergio Prego et trois autres en France : Stephen Dean, Bruno Perramant et Fabien Rigobert. Des œuvres qui mettent en jeu la réalité, comme l’art et son interprétation.

Depuis quatre ans, le groupe européen du secteur du tabac, Altadis, soutient la création plastique à travers le prix « Altadis Arts plastiques ». Chaque année, six artistes sont choisis pour la qualité de leur travail et Altadis acquiert une de leurs œuvres. Parallèlement, les lauréats se voient offrir une exposition de groupe dans une galerie parisienne et madrilène, ainsi qu’un ouvrage monographique aux éditions Actes Sud.

L’exposition à la galerie Anne de Villepoix s’ouvre et se clôt avec l’œuvre vidéo de Mabel Palacín Sur l’autoroute (1998-99). Un film en noir et blanc où l’on voit comment rendre une succession de scènes somme toute anodines en séquence qui mène le spectateur au comble de l’angoisse. La mise en scène se veut insistante, avec un décor tout en jeux d’ombres et une musique oppressante. Un travail sur la réalité — qui n’est jamais vraiment saisissable — et sur la représentation : des images témoins d’un réel aux multiples interprétations. Les frontières entre réel et imaginaire se brouillent, comme dans un rêve éveillé.

Autre point de vue sur la saisie du monde avec les œuvres de Stephen Dean : un regard qui filtre le réel pour le révéler en masses de couleurs. La vidéo No More Bets (2003) nous entraîne dans l’univers des casinos. Ici, pas de personnage, pas de narration, mais une suite de rythmes visuels où se succèdent le clignotement des lumières et des écrans vidéos. Avec une autre œuvre exposée, Balance, Stephen Dean joue sur la perception et les rapports qui s’établissent entre l’œuvre et le spectateur. Les verres dichroïques qu’il a posés entre les barreaux d’une échelle en aluminium changent de couleur au fur et à mesure que le spectateur se meut, tandis que l’image projetée sur le mur se modifie.
Les peintures de Bruno Perramant font face aux photographies de Fabien Rigobert. Une disposition qui souligne le travail d’abstraction du peintre par rapport à l’image photographique. En effet, Bruno Perramant saisit avec sa caméra des images qu’il transpose dans ses peintures à l’huile. L’artiste questionne la notion de représentation et explique que ses œuvres sont les composantes d’une histoire dont une seule exposition ne pourrait dévoiler la fin. Sortes de  » notes prises sur la vie « , ses tableaux intègrent également le langage comme dans Lumières #26 et Lumières #27 où des formes indéterminées et molles sont représentées accompagnées pour les unes de l’injonction « Motus ! » et pour les autres d’un « On nie tout en bloc ».

Les photographies et les vidéos de Fabien Rigobert reposent sur un postulat : en dire le moins possible pour amener le spectateur à imaginer son histoire personnelle. Dans la série Nord, trois personnages entrent dans l’image sans pour autant entrer en interaction. Ils ont l’air perdus dans leurs pensées, absents, sans émotion, et pourtant le spectateur ne peut s’empêcher d’imaginer une histoire qui les lie. Véritables parts de réel reconstitué, les œuvres de Fabien Rigobert sont énigmatiques. C’est la pluralité des lectures de ce que l’on voit sur l’image qui l’intéresse. Comme dans les deux œuvres DVD présentées, Mark Taiwn Hotel et Wilcox, on est confronté à un faux réel, une énigme qui enclenche le mécanisme des suppositions.

Deux artistes espagnols travaillent principalement la photographie et la vidéo : Sergio Prego sculpte et prolonge le corps avec des éléments non traditionnels aux formes éphémères comme la fumée, les liquides, la lumière, la vitesse… Dans ses photographies de la série Home, il saisit la projection de peinture couleur chair jetée sur son visage. Et voilà que la forme éminemment éphémère que prend la peinture giclant sur son corps se fige et est immortalisée par la photographie.

Enfin, les deux œuvres Viajo para conocer mi geografia de Mateo Maté mettent en scène une ré-interprétation du monde. Ainsi, l’installation d’un lit aux draps défaits sur lequel un petit train électrique effectue un parcours sinueux devient métaphore poétique aux multiples interprétations: le drap défait et les oreillers peuvent faire figure de paysage mais la scène peut aussi évoquer la rencontre amoureuse ou le voyage rêvé qui nous attend dans les bras de Morphée. L’artiste présente une autre interprétation du même objet dans la seconde œuvre avec une photographie des mêmes draps beiges clairs transformée en véritable carte topographique. Le spectateur y croit, devant ses yeux se présentent des collines et des plaines, un vrai paysage accidenté.

Et si tout cela n’était qu’illusions… interprétation, ré-interprétation et lecture personnelle du donné de l’œuvre. A chacun ses questions et ses obsessions.

Fabien Rigobert :
Mark Twain Hotel, 2003. DVD.
Wilcox, 2003. DVD.
Nord 1, 2003. Photo couleur collée sur dibond. 100 x 120 cm.
Nord 5, 2003. Photo couleur collée sur dibond. 100 x 120 cm.
Nord 6, 2003. Photo couleur collée sur dibond. 100 x 120 cm.

Mateo Maté :
El Tiempo nos Va Gastando Hasta que nos Hace Transparentes, 2002. Photo couleur. 100 x 100 cm (139 x 139 cm, encadré).
Viajo Para Conocer tu Geografia, 2003. Photo couleur. 124 x 161 cm (141 x 177 cm, encadré).
Viajo Para Conocer mi Geografia 1, 2004. Installation.

Mabel Palacín :
Sur l’autoroute (n°5), 1998-1999. Photo couleur. 93 x 217 cm.
Sur l’autoroute, 1998-1999. Vidéo. 11’.
Sur l’autoroute (triptyque n° 1), 1998-1999. Photo couleur contrécollée sur aluminium. 53 x 207 cm (triptyque).
La Distancia Correcta (photo n° 7), 2002-2003. Photo couleur contrécollée sur aluminium. 86 x 118 cm (113 x 147 cm, encadré).

Sergio Prego :
Sans titre III (série Home), 2001. Photo couleur. 67 x 100 cm.
Sans titre IV (série Home), 2001. Photo couleur. 67 X 100 cm.
Sans titre X (série Home), 2001. Photo couleur. 67 X 100 cm.
Sans titre V (série Home), 2001. Photo couleur. 67 X 100 cm.
Sans titre XI (série Home), 2001. Photo couleur. 67 X 100 cm.
Sans titre VIII (série Home), 2001. Photo couleur. 67 X 100 cm.
Sin titulo II (Série Cowboy), 2003. Trois photos couleur. 100 x 74 cm, encadré.
Sin titulo IV (Série Cowboy), 2003. Deux photos couleur. 100 x 74 cm, encadré

Stephen Dean :
Lumières #26 & #27 (Voix #24 & #25), 2000. Huile sur toile. 73 x 92 cm (diptyque).
Chiara # 11, 2001. Huile sur toile. 89 x 130 cm.
Balance, 2003. Echelle avec verres dichroniques. 405 x 35 x 6 cm.
No More Bets, 2003. Vidéo. 7’30.
Firework #2, 2004. Huile sur toile. 33 x 41 cm.