DESIGN | CRITIQUE

Prisunic et Le Design: une aventure unique

PMathilde Le Coutour
@10 Sep 2008

Style, qualité, prix sont les valeurs fondamentales de la marque Prisunic dans les années 60. En faisant découvrir ce moment-clé de l’histoire du design français, l’exposition pose la question, toujours d’actualité, de sa démocratisation.

Magasin populaire, Prisunic promeut dès sa création en 1936 des produits au plus bas prix, posant néanmoins des questions de style. Autrement dit, « le beau au prix du laid » comme le revendique Denise Fayolle, directrice du bureau de style de la marque à partir de 1957. Un engagement résolument novateur, qui se manifeste à travers une ligne complète de produits pour l’équipement domestique, accessible au plus grand nombre.

Affirmation d’une culture jeune, désir de changement des modes de vie : le premier catalogue de meubles Prisunic, inspiré de la découverte des magasins Habitat en Angleterre et Ikea dans les pays Nordiques, paraît à la veille de mai 1968. De format carré, au graphisme franc et aux couleurs vives, il propose une collection de produits de première nécessité vendus à crédit et livrés prêts à monter. Loin d’être synonyme d’investissement coûteux, se meubler devient aussi banal que s’habiller.

En ouverture de l’exposition, l’aménagement complet pour la cuisine conçu par Terence Conran, fondateur d’Habitat, marque le début d’une série de collaborations avec des créateurs déjà reconnus ou qui le seront par la suite. On trouve ainsi dans la cohérence de l’ensemble, un système de lit combinable une ou deux places en polyester moulé de Marc Held, un ensemble table et fauteuils en tube métallique cintré de Gae Aulenti, des sièges juxtaposables de Jean-Pierre Garrault offrant différentes configurations… Autant de produits innovants et emblématiques d’une plus grande flexibilité dans les modes de vie.

S’ajoutant aux collaborations, certaines pièces sont des créations exclusives de la marque. C’est en effet pour pallier au manque de produits de style et de qualité présents sur le marché des prix les plus bas, que Prisunic ouvre en 1961 son propre bureau de conception. Sont issus de cette nouvelle stratégie des éléments de rangements modulables pour le bureau, en métal plié laqué blanc et rouge vif, ainsi que des meubles pour la chambre aux couleurs toniques et aux lignes pures : structure en tube cintré orangé aux angles arrondis, à laquelle s’ajoute ici un panneau de bois pour former le dessus d’un bureau, là une toile tendue pour le confort d’une assise. Un ensemble penderie, porte-habits et rangement fourre-tout complète cette collection de « meubles tube ».

Sous le signe de la diversité et de la promotion de la jeune création, Prisunic met en place le concours Shell-Prisunic en 1970. Pièces lauréates du nouveau prix, cet ensemble table basse et fauteuils empilables de Danielle Quarrante, en plastique moulé, d’aspect brillant, lisse, et cette chauffeuse de Marc Vaidis, simple cube de mousse polyuréthane habillé de jersey, aux couleurs chaleureuses qui, une fois déplié, invite à s’y prélasser confortablement.

Si le mobilier est le sujet principal de l’exposition, graphisme et publicité y sont largement présents, inséparables de la stratégie globale de Prisunic : affiches publicitaires, couvertures des catalogues, agrandissement des pages en suspension au dessus des pièces exposées… Tout concourt à évoquer l’esprit audacieux de la marque: celui d’un design pour tous, à la fois pragmatique et inscrit dans l’effervescence des années Pop, initiant les circuits de la démocratisation du design, qui trouvent si peu d’écho aujourd’hui…

— Marcel Duffas, Campagne Mode femme (2 femmes en robes – fond rouge et noir), Communication – Pub.
— Terence Conran, Ensemble table-coffre et siège-coffre, Catalogue Prisunic n°1 – p5.
— Création Prisunic, Chambre tube, Catalogue Prisunic n°4.
— Marc Vaidis (lauréat du concours Shell-Prisunic), Chauffeuse Relax, catalogue Prisunic n° 7 – dos.
— Gae Aulenti, Salon Gae Aulenti, Catalogue Prisunic n° 3, édition 70. Couverture.