Communiqué de presse
Maya Morando, Pauline Curnier-Jardin, Haïdée Henry, Jeanne Madic, Caroline Pellet, Myriam Tirler et Sonja Zlatanova
Pressentiment
«Pressentiment» réunit six jeunes artistes qui observent ou investissent l’enfance, dans son rapport intime au processus créateur. «Pressentiment» : l’intuition de ce qui n’est pas encore, ou déjà plus; l’attente d’un événement, une apparition, une disparition; au futur antérieur s’y préfigure un désir, mais aussi une inquiétude, un regret anticipé. L’enfance même et la mémoire de l’enfance y forment un entrelacs, comme si la temporalité, la spatialité propres à une perception enfantine du réel, expliquaient l’origine de l’art, ses conditions de possibilité.
L’enfant est un artiste possible : fou, sauvage, idiot, il communique avec les arbres, avec les animaux, avec les minéraux. Avec les autres enfants. Il émet des pensées magiques, où le mot agit, où la chose n’a pas de nom : il voit le réel dans sa diversité, il voit briller les choses, il ne sait pas les asservir au concept. Parfois l’enfant s’y trouve absorbé, contemplatif il devient ce qu’il contemple. Il vit d’authentiques rencontres, avec l’inconnu, l’impensé, l’invisible. Il voit que les choses sont et ne sont pas, qu’elles ne sont pas des choses, mais peut-être des vitesses, des lenteurs.
Labile, il saisit la plasticité des choses, le mouvement inscrit en elles. L’enfant est un transformateur. Il agit sur l’«étant donné» sans raison, il se laisse traverser par des forces. Ses états, ses attributs, son nom, ses devenirs, l’enfant les simule. Comme un fantôme, un clandestin, il n’est jamais à sa place. Latent, évasif, il s’ennuie, il attend, il invente des passages secrets, des déguisements. Sa propension au délire, son désir de fiction et de fantaisies tantôt se contiennent et tantôt exultent. Alors il bondit, court, grimace, se fait monstrueux, il sort de l’humain.
Il évolue dans un vide où il y a du jeu — l’enfant est «manieur de gravité». Mais à la tombée du jour il regarde l’obscurité, voit et craint d’être vu, des formes innommables et mouvantes le fascinent, le menacent ; il pressent sa finitude, se ressouvient déjà. Il éprouve le hasard, l’étrangeté, l’indifférence du monde à ses désirs. Impuissant, séparé, l’enfant crie, s’étourdit par le nerf.
Être en vie, ce n’est pour lui ni une habitude, ni un projet. Son temps zéro du hors-projet, temps de l’ennui, de la joie vive ou de la terreur, motive l’action sans objectif, l’amour sans objet. En état de grâce il vit, amoral, comme un verbe sans sujet, innocent et fabrique «n’importe quoi, mais à telle heure».
Pauline Curnier-Jardin, Haïdée Henry, Jeanne Madic, Caroline Pellet, Myriam Tirler et Sonja Zlatanova proposent de rendre à l’art un motif amoureux — rien là de sensationnel, rien d’une quête de la nouveauté. Elles jouent d’une identité possible, comme d’un pré-sentiment : une subjectivité indéterminée. Il y est question de premières fois, qui reviennent ; car c’est encore la première fois, qui se rêve dans ses répétitions et s’y déguise.
M.M.
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