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Postiers, ours, falaises, carafes, mobylettes et cannes à sucre

PPierre-Évariste Douaire
@12 Jan 2008

Propice à la méditation, les six tableaux de Frize sont des appels à l’arrêt et à la contemplation. Comme un jeu de miroir, les peintures rayées, presque identiques, invitent à regarder. Le recul est nécessaire pour apprécier mais surtout rentrer dans le travail du peintre.

Bernard Frize travaille sur la matière, il entreprend depuis plusieurs années un travail formel complet. La peinture, ses déclinaisons, ses variables sont au centre de son œuvre. Avec patience et régularité il distille des tableaux qui épuisent une forme, une manière de peindre. Les six toiles présentées à la galerie Emmanuel Perrotin expérimentent cette façon de faire. À la place de lignes entrelacées, ce sont des lignes brossées qui balaient la surface du tableau. Un mélange d’acrylique et de résine donne un teint légèrement argenté et luisant à l’ensemble. Le reflet de la lumière est à prendre en compte, il intervient de l’extérieur mais est opératoire au sein même de la toile.

Six tableaux à l’intérieur desquels se répètent la même composition, la même superposition de traits brossés. Pour la partie inférieure trois bandes occupent l’espace avec trois couleurs distinctes, il y a six bandes pour la partie supérieure. La lecture du tableau part du bas, de la base la plus large, pour continuer vers le haut, vers des lignes plus minces.

Six tableaux avec la même structure, six tableaux avec les mêmes couleurs. Répétition d’un motif dans le même cube blanc. Assurément l’objectif du peintre est de nous faire réfléchir, de nous obliger à prendre notre temps. Le spectateur pressé devra passer son chemin, l’immédiateté de la démarche de Frize ne saute pas aux yeux. Comme dans la grande peinture abstraite américaine, il faut pouvoir se laisser porter par les grands aplats de couleur, se laisser submerger par les voiles. Il faut pouvoir goûter le pictural et se laisser inonder de couleur et de reflets.

La superposition de rayures horizontales évoquent immédiatement un Kenneth Noland, et cette façon de peindre comme l’on racle, fait penser à la période actuel de Soulages. Action Painting, All Over, abstraction européenne, Frize empreinte autant qu’il fait école, Jan Hoet le rapproche de Damien Hirst par exemple.

Entre expérimentation et répétition Frize parvient à concilier les risques qui s’ouvrent à ce type de peinture qui peut très vite devenir décorative — au sens péjoratif —, fermée sur elle-même, vide ou automatique. Entre référence affichée et référent de l’époque actuelle, Frize parvient à se hisser à la hauteur des grands peintres d’aujourd’hui.

Bernard Frize
Sarto, 2002. Acrylique et résine sur toile. 180 x 160 cm.
Traso, 2002. Acrylique et résine sur toile. 180 x 160 cm.
Astor, 2002. Acrylique et résine sur toile. 180 x 160 cm.
Torsa, 2002. Acrylique et résine sur toile. 180 x 160 cm.
Rosta, 2002. Acrylique et résine sur toile. 180 x 160 cm.
Astro, 2002. Acrylique et résine sur toile. 180 x 160 cm.