ART | EXPO

Poison IV

05 Sep - 10 Oct 2015
Vernissage le 05 Sep 2015

Brian Kokoska présente une installation qui se déploie comme un environnement total, monochromatique, accueillant un ensemble de nouvelles peintures et de sculptures. Tous les éléments qui composent cet environnement sont ainsi fusionnés et homogénéisés par un all over chromatique, en vert et noir.

Brian Kokoska
Poison IV

Brian Kokoska (né en 1988, Vancouver, Canada) présente une installation qui se déploie comme un environnement total, monochromatique, accueillant un ensemble de nouvelles peintures et de sculptures. Au départ limité au plan du tableau, puis progressivement étendue à l’espace d’exposition, la tonalité colorée choisie pour chaque série de peintures, ici un vert pâle marécageux et un noir «ultimate», est déclinée sur les murs, les moquettes, le plafond, mais aussi à travers des sculptures et des assemblages réalisés à partir d’objets trouvés.

Tous les éléments qui composent cet environnement sont ainsi fusionnés et homogénéisés par un all over chromatique, plongeant le spectateur dans un dispositif dont les informations spatiales — profondeurs, perspectives, échelles, épaisseur, volumétrie — sont réduites et altérées.

Sur le même principe que ses précédents projets, «Poison IV» traite ainsi l’espace d’exposition comme une image tridimensionnelle à l’intérieur de laquelle le spectateur évolue moins physiquement que visuellement. Ces espaces peuvent ainsi tour à tour évoquer les codes simplifiés et schématiques de la modélisation 3D ou du décor télévisuel, de la symbolique sécurisante de la chambre d’enfant, ainsi que les stratégies de conditionnement psychologiques des salles de test ou de rétention.

Cet enchevêtrement référentiel définit un cadre émotionnel fluctuant, stimulant mémoire infantile et contrainte perceptive, révélant de manière simultanée un espace féérique ou traumatique, chaleureux et/ou glaçant. Ces antagonismes s’annulant pour donner la sensation d’un espace impersonnel, cotonneux et relativement abstrait.

Les figures qui peuplent (hantent) cet environnement procèdent du même type de stratégie de composition, l’artiste utilisant un répertoire également réduit et schématique: gestes rapides, formes primaires, fonds monochromes, lexique volontairement limité. Larmes, fleurs, chiffres, toiles d’araignées, croissants de lunes par exemples sont autant de motifs équivalents aux yeux, bouches, corps qui tentent de constituer une «persona».

L’unité d’une figuration identitaire ou d’une lecture signifiante est dé-coordonnée par la prolifération des combinaisons possibles entre les signes, les motifs et les registres émotionnels fragmentés et contradictoires.

Procédant par un effet d’écrans emboîtés, ces figures basculent sans cesse entre des codifications iconographiques divergentes, masculin, féminin, animal, végétal, mobilisant et amalgamant aussi dans une synthèse flucutante les registres de l’abstraction, de la caricature, du cartoon, du diagramme ou du psychogramme.

Visant à stimuler tout en les tenant en échec les automatismes projectifs du spectateur, comme sa tendance naturelle à anthropomorphiser des formes ou à les traduire en émotions ou en attributs de genre, la peinture de Brian Kokoska tire ainsi son efficience de sa capacité à imiter la défaillance du processus d’identification, à destructurer tout en les redistribuant les attributs de la personnalité.

Chez Brian Kokoska, la figure humaine est en-visagée (et dé-facée) comme un «objet sériel» et schématique. Si nos sociétés contemporaines produisent des standards identitaires, aptes à la mesure et aux statistiques, en traitant la figure comme un ensemble de signes, sans bords ni contours et dont l’adéquation ne peut pas se réaliser, les figures de Brian Kokoska évoquent un état simultané de destruction et de métamorphose. Un type de sensibilité que l’artiste conçoit comme «post-humaine», qui viendrait nous désigner notre propre reflet intoxiqué.