ART | EXPO

Plus ou moins

24 Mar - 29 Avr 2005

Un artiste inspiré par les congés payés, témoigne des joies procurées par le camping, la randonnée, les tours en pédalo, les descentes en canoë…Il crée des objets, met en scène des installations, fait des photos, écrit des textes et donne même parfois des conférences. Ses parodies de lieux communs et évidences embarrassent et font rire…de honte.

Jérémie Gindre
Plus ou moins

L’invention de la plattitude

Les congés payés font les artistes inspirés, et Jérémie Gindre peut dire merci à la civilisation des loisirs. Bien sûr pour le teint lisse, frais et lumineux que sa pratique des excursions en montagne lui confère, mais aussi et surtout pour la somme d’inspiration que cette invention, finalement récente, a généré dans sa pratique artistique. Cette accession aux joies procurées par le camping, la randonnée, les tours en pédalo, les descentes en canoë, l’observation des ours dans les jardins zoologiques, l’escalade, la cueillette des champignons, la visite de mines de sel ou la pêche à la truite, cette accession donc a profondément influencé le rapport de l’homme à la nature. Et du même coup celui de Jérémie Gindre à l’art.

N’y allons pas par quatre chemins pédestres. Jérémie Gindre crée des objets, met en scène des installations, fait des photos, écrit des textes et donne même parfois des conférences. Dans ses travaux, il robinsonne à sa façon. Ce qui semble l’intéresser, c’est de mettre le spectateur (ou le lecteur) dans l’embarras en façonnant quelque chose qui tiendrait du croisement entre un raton laveur et une brouette à moteur. Quelque chose de doux, joli et pratique à la fois, mais dont on ne saurait finalement pas trop quoi faire. Cette attitude est à n’en pas douter le fruit d’un dandysme aussi champêtre que travaillé, et qui dit dandysme, dit distanciation. Aussi, le moins que l’on puisse dire, c’est que Jérémie Gindre tient plutôt bien la distance. Son travail flirte avec la parodie sans jamais la mettre dans son lit (on peut être rural sans être radical) ou frôle parfois même carrément l’insignifiance qui, à ce qu’on dit, peut être le summum de la délicatesse.
Jérémie Gindre manie les évidences et les lieux communs comme d’autres la truelle et le ciment, avec la dextérité désarmante qui fait les vrais maçons et les bons garçons. En témoignent les titres qu’il bricole sous la canadienne pour ses pièces ou ses expositions : Une tradition millénaire, Malentendus & Week-ends, Comme un feu dans la nuit, Une bien belle exposition… Cette plattitude riche d’évocations, Jérémie Gindre l’enfouit aussi bien dans ses textes que dans ses installations. En la couvrant en plus d’une couche de sable (son exposition «Crawl & Sédiments» et le livre éponyme) ou d’une toile plastifiée (son «chef d’œuvre» La Grande Bâche Mystérieuse) qui fait que l’on ne sait plus trop bien ce qui se cache sous ces évidences et provoque, simultanément, successivement ou respectivement, perplexité, mélancolie et hilarité. Dans tous les cas ses titres, ses personnages, ses images et ses objets sont prétextes à amorcer des narrations qui glissent entre les doigts tels des harengs trop bien huilés. Car Jérémie Gindre ne se soucie pas plus de la cohérence de ses histoires que d’un vieux renne malade abandonné sur une route laponne. Son but, ce serait plutôt de promener le spectateur/lecteur, de l’entraîner sur un motoneige, voire de le mener en bateau. Avec une pas si insupportable légèreté de l’être que ça et une insouciance roborative qui se marie bien avec le papier peint.»

Fabienne Radi, extraits du texte «Dandysme, butagaz et Martine va à la plage», in : Catalogue Jérémie Gindre, Schweizerischer Kunstverein, Zürich, 2005.