DANSE

Plastique danse flore

PSophie Grappin
@26 Sep 2011

C’est dans la continuité de son projet bi-portrait que Mikaël Phelippeau entraine un groupe de jeunes étudiants de l’Ecole nationale Supérieure de Paysage de Versailles à produire une unique performance réjouissante au sein du festival Plastique Danse Flore.

Depuis 2006, Mickaël Phelippeau poursuit un projet d’envergure intitulé bi-portrait où il échange ses propres vêtements — toujours un T-shirt jaune et un pantalon sombre — avec une personne choisie, de façon à «se glisser dans la peau de l’autre». Ainsi il met en scène un double portrait où l’identité de chacun se révèle dans le produit d’une rencontre plutôt que dans la juxtaposition d’individualités.
Le festival Plastique Danse Flore exposait cette année une série de ces bi-portraits photographiques, et présentait également la pièce Bi-portrait Yves C. (2008) issue de ce projet au long cours.
Avec Yellow Workshop Versailles, pièce créée à la suite d’un atelier in situ avec des étudiants de l’ENSP, on assiste à une démarche similaire.
Sauf qu’il s’agit d’un groupe, et que le chorégraphe s’efface au profit du paysage.

Le jeu semble se complexifier et s’enrichir grâce à cette légère entorse à la règle qui veut qu’un corps se substitue à un autre. En disparaissant de la scène, ou en l’occurrence du «tableau», Mickaël Phelippeau laisse la part belle au lieu, qui devient le véritable sujet de cette (re)présentation. Il en résulte une forme de dialogue entre l’environnement et le groupe: l’individu a laissé place aux ensembles et, ce faisant, à d’autres formes de corps.

A l’évidence les étudiants ont continué de plancher sur la notion de paysage— glissant du corps au décor — ainsi que sur la couleur jaune, dans une performance qui flirte avec les références artistiques, déroule une succession d’esquisses et de collages délicieusement légère.
La troupe commence par envahir la profondeur du champ, sur l’autre rive du plan d’eau qui s’étend, devant nous, dans le parc Balbi. Puis ils se costument de jaune et débutent une invasion ordonnée, avec plus ou moins de rigueur, sur l’air d’un « jardin extraordinaire » de Trenet.
On s’enchante donc de voir naître et s’évanouir des moments de l’histoire du paysage dans l’art, depuis ses peintures du XVIIème siècle français, à l’obligatoire motif mythologique, jusqu’à l’emballage d’une île, proche d’un Christo; mais aussi des références à la danse, quelques mouvements d’ensemble rappelant les Early Works de Trisha Brown, un faune par ci… quand ce n’est pas le cinéma qui est convoqué.

Ainsi la pièce accumule les citations en un paysage culturel, visuel et sonore qui se superpose à notre vision du lieu, la déforme et l’ordonne selon. Seuls l’odeur de la vase remuée pour l’occasion, le chant d’un oiseau au crépuscule, ou encore l’écho du passage d’un train de banlieue, nous rappellent à l’ordre du réel et dénoncent l’illusion. Délicieux mélange de registres, où l’on ne sait plus ce que l’on contemple, quelle vérité, quelle nature la main de l’homme révèle.
Ici réside justement le petit miracle, la grâce de cette œuvre éphémère: dans l’apport vital d’un jeunesse qui danse et célèbre cette danse, sans faire semblants, mais avec toute l’énergie festive et nécessaire pour se jeter véritablement à l’eau.