DESIGN | CRITIQUE

Pierre Paulin

PEmilie Grossières
@23 Sep 2010

Pour la rentrée, la galerie Jousse nous invite à un parcours (réussi!) dans l'univers de Pierre Paulin, acteur majeur du mobilier et du design français des années 1950 à 1970.

Encore confidentiel il y a seulement une dizaine d’années, le travail de Pierre Paulin a bénéficié d’un regain d’intérêt, notamment grâce à l’exposition du Mobilier national en 2008. Depuis son décès en 2009, ses pièces ne cessent de voir leurs cotes augmenter, les collectionneurs et les quelques galeries spécialisées ne s’y trompent pas.

Fruit d’une longue et attentive recherche, l’exposition présentée à la galerie Jousse se visite comme une collection privée, dévoilée aux yeux du public. Le choix et le goût du galeriste-collectionneur Matthias Jousse s’est porté uniquement sur des pièces n’ayant pas connu de réédition contemporaine, datées des années 1960, et du début des années 1970. Seule exception à ce principe, une coupe aux nénuphars en aluminium brossé reposant sur un trépied, créée en 1955.

Pierre Paulin incarne, avec d’autres grands noms comme Olivier Mourgue ou Roger Talon, un certain savoir-faire et savoir-vivre à la française, plusieurs de ses meubles sont devenus des icônes des années 1960, tels le Mushroom ou la Tongue Chair. Son travail basé sur la courbe, tout en pleins et déliés, sa recherche du confort alliée à des technologies novatrices, la sobriété et la modernité de ses formes sont toujours appréciés et reconnus pleinement.

La qualité muséale des œuvres présentées est ici certaine. Que l’on en juge avec l’exceptionnel tapis-siège, la Déclive, une structure formée de lattes articulées en aluminium, avec gainage de mousse et textile, l’ensemble de la pièce se mouvant sous l’action d’une seule clef. Seuls deux exemplaires sont connus, celui ci et un deuxième conservé depuis 2003 au Centre Georges Pompidou. Autre gage de qualité, en 1970 déjà, Monsieur et Madame Pompidou, alors résidents du Palais de l’Elysée, avaient choisi Pierre Paulin, pour y réaménager une salle à manger, un salon-fumoir et une bibliothèque. A la condition de la réversibilité du décor… S’en est suivie une édition limitée dite Elysée de guéridons, tabourets, tables, chaises, en fonte laquée et à piètement en trèfle, ainsi que des luminaires. On peut voir certains de ses éléments exposés à la galerie, et avoir ainsi une idée de l’ambiance créée par ce décor. Le clou du spectacle étant peut-être la table basse Rosace en plexiglas et plateau de verre fumé, dont l’exemplaire présidentiel était lumineux.

Pierre Paulin a surtout apporté une nouvelle vision de l’assise, une réforme du siège, en mettant en place des structures métalliques accueillant de la mousse polyester, recouverte d’un jersey élastique. Cette technique, astucieusement empruntée aux maillots de bain, enveloppe la pièce telle une chaussette, éliminant tout pli disgracieux, faisant ainsi disparaitre progressivement le piètement. Ainsi, les deux fauteuils Croissants exposés dans la galerie, ou encore le grand canapé Multimo, dont les dossiers s’évasent en pétales de fleur. Mais son tour de force restera surement le Ribbon Chair, un anneau courbé mis en forme, et revêtu des tissus psychédéliques de Jack Lenor Larsen. Ce fauteuil édité en 1966, est entré dès la même année dans les collections du MOMA de New York. On regrettera seulement la disposition trop frontale de cette pièce dans l’espace de la galerie, tant on voudrait tourner autour, l’étudier sous toutes ses coutures. L’éditeur hollandais Artifort, pour qui le designer conçoit tous ces sièges, s’adresse aussi aux collectivités, comme avec le canapé combinable C262, dit l’ABC, décliné en 2,3, 4 ou 5 places.

La scénographie de l’exposition, quant à elle, est très réussie. Les visiteurs apprécieront la « forêt de luminaires » ou bien dans la reconstitution d’une salle à manger semblable à celle des Pompidou. Une légère déception dans le cas du petit salon installé sous la tente de présentation réalisée pour un salon Artifort, un peu à l’étroit dans le fond de la galerie. Malgré ce point négatif, la galerie Jousse nous propose une incursion passionnante dans l’univers du créateur.

Pierre Paulin
– Chaise, 1972. Métal et tissu. 76 x 52 x 52 cm.
– Salle à manger, vue de l’exposition à la galerie Jousse, 2010.
Sofa Multimo, vue de l’exposition à la galerie Jousse, 2010. Métal et tissu.
Ribbon Chair, vue de l’exposition à la galerie Jousse, 2010. Fauteuil, métal, tissus.
– Tabourets, vue de l’exposition à la galerie Jousse, 2010. Métal, tissu.