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Pierre de Fenoyl (1945-1987). Une géographie imaginaire

20 Juin - 31 Oct 2015
Vernissage le 20 Juin 2015

Pierre de Fenoÿl se révèle hanté par la question du temps et de la mémoire en photographie. Bien que parfois rapprochée de la «photographie créative» de son époque, son œuvre s'apparente plutôt à une recherche méditative. Mêlant tirages, documents, publications et films, cette rétrospective s'attache à montrer la richesse et la diversité de son travail.

Pierre de Fenoÿl (1945-1987). Une géographie imaginaire

Né en 1945, Pierre de Fenoÿl a consacré sa vie à la photographie. Iconographe, commissaire d’exposition, acheteur d’art, fondateur de la galerie Rencontre et de l’agence Vu (devenue Viva), il a exercé plusieurs métiers de l’image avant de devenir, en 1976, le premier directeur de la Fondation nationale de la Photographie, puis conseiller pour la photographie au Centre Pompidou. Guidé par une irrésistible passion, il a activement œuvré pour la reconnaissance de la photographie par les institutions dans les années 1970. Il a défendu aussi bien la photographie anonyme du XIXe siècle et des photographes majeurs comme Brassaï, Henri Cartier-Bresson, Duane Michals, Édouard Boubat ou André Kertész, que de jeunes photographes de sa génération.

Mais Pierre de Fenoÿl est aussi l’auteur d’une importante œuvre. Ses recherches photographiques personnelles l’amènent d’abord en Inde sur les pas d’Henri Cartier-Bresson, puis aux États-Unis, à Paris et en Toscane. Son désir grandissant de se vouer exclusivement à la prise de vues, vécue comme une quête spirituelle et métaphysique, l’incite à quitter Paris et ses fonctions institutionnelles.

Après un voyage en Égypte sur les traces de Maxime Du Camp, il s’installe dans le Tarn en 1984 et se consacre au paysage, notamment dans le cadre de la Mission photographique de la DATAR. Il est rapidement reconnu comme l’un des membres de l’école française qui réunit, dans les années 1980, des photographes comme Arnaud Claass, Magdi Senadji, Bernard Plossu, Daniel Boudinet, Keiichi Tahara, Jun Shiraoka, Christian Milovanoff, Holger Trulzsch ou Denis Roche.

Pierre de Fenoÿl se révèle hanté par la question du temps et de la mémoire en photographie, se définissant comme «chronophotographe». Bien que parfois rapprochée de la «photographie créative» de son époque, son œuvre s’apparente plutôt à une recherche méditative, nourrie des Confessions de saint Augustin et de l’art de la marche, et inspirée par le théâtre de la nature. Ses paysages vides de personnages et empreints d’un silencieux mystère évoquent parfois les paysages des peintres flamands ou italiens, autant que les premiers maîtres de la photographie.

Le 4 septembre 1987, Pierre de Fenoÿl meurt brusquement d’une crise cardiaque. C’est à sa femme Véronique de Fenoÿl, élève du photographe Jean-Pierre Sudre et tireuse de son mari, qu’il reviendra de faire vivre son œuvre et de conserver ses archives, avec l’aide de leurs deux enfants.

La rétrospective présentée au Château de Tours s’attache à montrer la richesse et la diversité du travail de Pierre de Fenoÿl et à retracer son parcours, à partir des archives de sa famille, dont certaines sont inédites. Mêlant tirages, documents, publications et films, elle permet de redécouvrir l’œuvre élégante et majestueuse d’un amoureux du noir et blanc photographique, de suivre son aspiration à saisir un au-delà du sujet photographié, et de mettre en lumière la singularité et la cohérence de cette œuvre intemporelle au sein du foisonnant mouvement de la photographie des années 1980.

«Dans ce voyage initiatique plus qu’esthétique, l’important est de regarder le temps passer, non pas de passer son temps à regarder. Dans cette quête à travers le réel, ma mémoire est mon style. La mémoire est une image, la mémoire est l’image du temps.» (Pierre de Fenoÿl, 1986.)