ART | EXPO

Pièce à conviction

17 Mai - 13 Juil 2012
Vernissage le 17 Mai 2012

Photographie, sculpture, installations, chaque production d’Harald Fernagu est d’abord une mise en scène. Si les sujets varient, faisant appel à un imaginaire commun ou ouvrant sur des territoires plus secrets. Le jeu y tient toujours le premier rôle.

Harald Fernagu
Pièce à conviction

Les productions d’Harald Fernagu s’appuient sur différents types de supports (photographies, sculptures par assemblage, installations…) et ont en commun de nous faire prendre conscience que le monde dans lequel nous vivons marche sur la tête. Ses œuvres, ou séries d’œuvres, sont alors perceptibles comme autant de propositions pour une autre économie du quotidien. Sans se poser en censeur ou critique acerbe, Harald Fernagu rassemble des rébus de toutes sortes (de l’objet à l’humain), espèces peu chères, faciles d’accès, issues du grand gaspillage universel, et il s’acharne à les transformer, à les ramener à la vie. Une vie meilleure peut-être, au moins plus signifiante, à laquelle ont soudain droit quelques heureux coquillages, matériaux du bâtiment et autres items de supermarché.

Avec rigueur et détermination, Harald Fernagu travaille pour un présent ordinaire. Sa méthode, intuitive à ses débuts, s’est construite, affinée. Son regard discerne, ses mains construisent les rapprochements les plus improbables, son vocabulaire s’anime et développe des compositions pertinentes, drôles et poétiques, dont le drame initial n’est pourtant jamais tout à fait absent. Par exemple, … quand des assemblages d’allumettes s’amusent à dresser un improbable monument aux guerres en cours et à venir… quand de divers morceaux de ferraille assemblés émerge un cuirassé ou un casque de samouraï… quand des personnes aux vies accidentées posent avec confiance devant son appareil photo ou jouent à une ruée vers l’or…

L’enfance, la guerre, le jeu et le bricolage populaires sont volontairement mis en avant par Harald Fernagu. Comme s’il voulait s’assurer qu’en première lecture, nul ne se méprenne sur la nature de ce qu’il voit : des formes et des mises en situation imaginées par un artiste. Pourtant, derrière ces mimiques bon enfant, Harald Fernagu distille quelques ferments pour que ni l’art ni la vie ne soient réduits à de simples artefacts. Quelques figures métaphoriques lui sont alors bien utiles pour mettre en branle sa grande entreprise de requalification du réel: ici, les héros n’ont l’air de rien, mais ils rassurent, les marchandises sont au bout du rouleau mais elles gardent une valeur inestimable basée sur l’échange relationnel, la lucidité se moque de l’arrogance … et il semble que tout à tout, ce bas monde retrouve un peu de hauteur.

Harald Fernagu pourrait passer pour un utopiste en quête d’idéaux à partager. Cette idée heureusement ne colle en aucun point avec son inlassable capacité à défaire, faire, refaire l’absurde — un peu comme un leitmotiv Fluxus — pour réinvestir le réel et le rendre un peu plus sensé à chaque nouveau regard.