PHOTO

Photographies, collages, dessins

PProvoke, entre contestation et performance, la photographie au Japon 1960–1975
@12 Jan 2008

Par le mixte des formes, des écritures et des support, par le détournement des symboles, Harmony Korine invente une esthétique du montage fondée sur le recyclage permanent des avatars et archétypes de l’adolescence.

On est accueilli à la seconde exposition parisienne d’Harmony Korine par des photographies de Tadzio, figure mythique de l’adolescence dont la beauté troublante fut immortalisée par Visconti dans Mort à Venise.

Prises simplement à partir d’un écran de télévision, ces photographies sont posées sous le verre d’une table blanche d’entomologiste. Leur aspect à la fois brut et bon marché traduit l’univers d’Harmony Korine : la beauté pure et ambiguë des adolescents, le goût pour l’errance, la perdition, la culture trash et l’expérimentation. Cet univers que l’on retrouve notamment dans Gummo, film qu’il réalisa à l’âge de vingt-cinq ans, un an après avoir écrit le scénario de Kids, épopée d’une adolescence à la dérive réalisée par Larry Clark.

Sur la table une feuille est placée sur le même plan que les photographies, qui contient des notes sur un vague projet de film. Ce document oriente le sens de la pièce, ou du moins l’interroge : est-ce la pièce principale d’un prochain film ? Est-elle constituée par les fragments d’une archive intime ou d’un scénario en construction ?

Cette métaphore du journal intime et de l’écriture scénaristique imprègne toute l’exposition. La multiplicité des supports utilisés (photographies, collages, notes et textes écrits sur les murs de la galerie, photocopies laser) vient soutenir de nombreux scénarii tour à tour consacrés à l’apparition (la série Ghost), la disparition (les portraits flous), le mal et d’autres figures du diable (images de groupes de musique gothique ou de figures du Klux Klux Klan).

Les moindres images et traces, les moindres brouillons et dessins, servent de prétextes à des recyclages ou décalages comme ces notes prises au stylo à bille sur une feuille de papier à lettre d’un hôtel agrandie en grand format. À force d’être extirpée de son cadre initial, l’image finit par déclencher de curieux phénomènes de collusion et de dissolution sensorielles.

Telle cette série de dessins où Ben Laden réalise une figure de freestyle à l’aide d’un vélo-cross ; où il apparaît les bras amicalement posés autour du cou de E.T., le célèbre extraterrestre ; où il figure assis, nu, dans une pose équivalente à un modèle de magazine gay américain. Image occidentale du mal absolu, Ben Laden est transformé en icône branchée des adolescents américains. Ce qui peut provoquer le rire du spectateur, ou plus sûrement le faire s’interroger sur la puissance subversive d’un simple dessin à la mine.

Dans ce jeu de détournement des symboles, Harmony Korine fabrique en quelque sorte une esthétique du montage fondée sur le recyclage permanent des avatars et des archétypes de l’adolescence.

Le mixte des formes, des écritures et des supports finit par rendre de plus en plus irréel et énigmatique le ressort même des images et notre capacité à les rendre intelligibles.

Entrée :
Sans titre (Prayer), 2002. Impression laser. 88 x 58 cm.
Sans titre (Praise Man for Womans Work), 2002. Impression laser. 80,50 x 60,50 cm.
Ghost, non daté. Tirage couleur contrecollé sur aluminium. 60 x 50 cm.

Vitrine 1 :
Sans titre (Death in Venice), 1994. 27 tirages couleur. 10 x 15 cm + texte. 21 x 28 cm.

Vitrine 2 :
The Mistake is Manifest, 2003. 25 pages. (24 x) 21 x 28 cm; 19,50 x 12,50 cm.

Petite verrière :
Bad Son, non daté. 7 tirages noir & blanc. 63 x 53 cm chaque.
Ghost, non daté. 3 tirages couleur contrecollés sur aluminium. 60 x 50 cm chaque.

Couloir :
Sans titre (Alan Iverson Stud), 2002. Impression laser. 58 x 88 cm.
Extra-Terrestre, 2003. Série de 8 dessins sur papier. (8 x) 62,50 x 49,50 cm.
Blood in the Blackí, 2003. Collage in situ.
Sans titre (Norfolk), 2002. Impression laser. 58 x 88 cm.
MJ versus HK, 2003. Dessin sur papier. 60 x 43 cm.