PHOTO

Philippe Meste

PMaxence Alcalde
@12 Jan 2008

Un ensemble de grands miroirs maculés de sperme : citation potache de Jackson Pollock, remake trivial du mythe de la virilité de l’artiste moderne, cri de rage, ou provocation — puisque, par l’entremise du miroir, l’artiste éjacule sur le spectateur…

Philippe Meste s’est rendu célèbre par des actions subversives. En 1993, il arme une barque de lance-roquettes en polystyrène afin d’attaquer le porte-avions Foch (Attaque du port de guerre de Toulon). Acte désespéré et déstabilisateur qui, par l’absurde, défie les prévisions mêmes des pouvoirs publics; et qui, par sa radicalité, dépasse la simple dénonciation de la guerre pour expérimenter des formes de combat voués à l’échec. L’échec du but traditionnel de l’attaque (la destruction physique de l’ennemi) s’avère indubitablement destructeur quand il révèle les failles d’une logique politique.

Depuis, Philippe Meste se consacre à des guerres plus intérieures, à une forme d’expression de soi quelque peu débridée. Avec Aquarelles (1995), il éjacule sur les pages de magazines de mode : « Je considère mes taches de sperme comme un hommage à la beauté », explique-t-il alors. C’est dans cette perspective qu’il présente chez Jousse Entreprise Miroir, un ensemble de grands miroirs maculés de sperme.

La taille monumentale des œuvres fait penser à une citation potache des œuvres du peintre expressionniste abstrait Jackson Pollock, pour un remake trivial du mythe de la virilité de l’artiste moderne éjaculant comme une bête. Mais, par le truchement du miroir qui reflète notre image, c’est sur nous que l’artiste éjacule. Provocation, cri de rage, naïveté ? Il y un peu de tout cela dans l’œuvre de Philippe Meste. Fasciné par le cinéma porno — qui est selon lui le seul possible aujourd’hui —, l’artiste transforme le spectateur en icône du monde actuel. Par l’entremise du miroir, il éjacule sur le spectateur pour l’« élever » au rang d’idole, pour tenter de mettre au même niveau la Pietà et la porno-star.

Ces manifestations crues sont incontestablement travaillées par des fantasmes réprimés, par une volonté de transgresser les règles morales et de franchir les limites de la bienséance. Mais, bien que Philippe Meste s’en défende, Miroir n’est pas sans rappeler les performances des années soixante-dix, comme celle où Vito Acconci se masturbait sous le parquet de la Sonnabend Gallery (janvier 1972).
Cela est confirmé par la vidéo qui, conjointement à Miroir, présente des bombes, des ogives, des avions, des bombardements, des destructions, bref, toute une imagerie de la virilité destructrice et phallique.
Cette vidéo prend en outre un sens particulier dans le contexte actuel de tension internationale. Au lieu de proclamer « Quelle connerie la guerre », Philippe Meste la montre dans sa plus inéluctable bêtise. On songe à Dr. Strangelove que Stanley Kubrick a sous-titré « How I learned to stop worrying and love the bomb », et en particulier à la scène anthologique où le capitaine du bombardier, coiffé de son chapeau de cow-boy, chevauche la bombe atomique dans un rodéo tragique.

Philippe Meste :
Miroirs, 2002-2003. 3 miroirs, bois, sperme.150 x 150 x 6,5 cm.
Miroir, 2002-2003. Toile PVC tendue sur châssis aluminium. 123 x 628.
Sans Titre, 2003. Vidéo 16/9, 3’44.