ART | CRITIQUE

Philippe Mayaux

PHélène Sirven
@12 Jan 2008

Où il s’agit beaucoup de peinture, de sa persistance actuelle, de sa force critique, de son économie conceptuelle, enfin de la manière dont elle établit encore une relation artistique avec le monde. Pour Philippe Mayaux, "elle bouge encore", on n’en finit jamais avec la peinture.

L’œuvre prolixe, caustique et savante de Philippe Mayaux peut susciter toutes sortes d’interprétations. Il cultive l’art des titres et des images, mais aussi de l’installation de grandes pièces, dont il préserve la richesse formelle et la variabilité. Ses peintures peuvent faire penser à Magritte, par le jeu des associations énigmatiques qui sont mises en scène. Car il s’agit beaucoup de peinture, de sa persistance actuelle, de sa force critique, de son économie conceptuelle, enfin de la manière directe dont elle établit encore une relation artistique avec le monde.

Dans un texte récent du Journal des arts intitulé « Elle bouge encore. Pourquoi n’en finit-on jamais avec la peinture? », Philippe Mayaux souligne la spécificité de la peinture, la distance que l’on peut prendre avec elle aujourd’hui, et l’autonomie qu’elle procure. Alors que Duchamp se demandait si un tableau non peint n’était pas déjà un ready-made, Mayaux, qui constate qu’une peinture est un objet très reconnaissable, se demande à son tour si la peinture ne serait pas une sorte de « ready-art » car, commente-t-il, « quand on fait de la peinture, on est déjà dans l’art, on n’a rien à justifier ».

Ses images lisses et colorées ont l’énergie du pessimisme le plus actif, cinglant et subversif dans le détail comme dans le monumental (dans le Mur d’escalade. Ways of Life, les pièces sont disposées en X en référence au chromosome X). Les reflets du miroir, la transparence du plexiglas (ou du verre), le lisse des matières plastiques roses, l’encadrement très précis des peintures, engage le regard tout en le laissant au seuil d’un malaise clinique que ne dissipe pas l’érotisme violent et comique — Camelot Monster montre l’accouplement d’un Play-Mobil et d’un grand insecte avec une grosse flaque de peinture aux allures franchement spermatiques.

Attaquer sans cesse la folie du monde par l’incongru et les fictions les plus hybrides, très largement référencées (du réalisme socialiste à Picabia) tel semble être l’un des projets de cet artiste qui peint de toutes les manières possibles (à plat ou en volume, en modelant les formes, en les cernant), mais en créant toujours une surface recouvrante, comme une peau laquée. La guerre (Fuck off, 2001) est présente même dans les actions des huit Coucous, ces objets kitsch devenus des personnages (Justin, Innocent, René, Vivien, Oscar, Odion, Rémi, Toussaint), dans cette  » mise à mort du tableau » qu’indique sans cesse Philippe Mayaux.
Qu’il s’agisse des tableaux ou des objets, ou encore des objets dans le tableau, les représentations faussement illusionnistes sont celles qui caractérisent cette peinture des écarts, cette mise en perspective des choses et des références. Mayaux instaure en toute liberté les limites du pouvoir des images, avec à l’horizon le blanc (puisque l’exposition Mayaux à Berlin sera constituée d’œuvres blanches), ultime synthèse de la couleur et du discours : une forme d’annulation de toute séduction, tout en maintenant le pouvoir suggestif des formes dans l’espace et dans le lieu.

Philippe Mayaux:
— La Succulente ou le lieu-dit des goûts, 2001. Acrylique sur toile. 27 x 40 cm.
— La Maturnité, Come on, 1998-1999. Acrylique sur toile, feutrine. 27 x 35 cm.
— Camelot Monster, 2001. Résine, plumet de joncs. 200 x 150 cm.
— Les Coucous, 1999. 8 coucous en bois, prothèse dentaire, acrylique, techniques mixte. 30 x 45 x 17 cm.
— Ken in the Box, 2001. Acrylique sur toile. 26 x 33 cm.
— Unis contre le motif, 2001. Acrylique sur toile. 22 x 35 cm.
— La Fée du logis, 2001. Acrylique sur toile. 22 x 27 cm.
— Le Sacrifice du bouc émissaire, 2001. Acrylique sur toile. 24 x 34 cm.
— Surveillor, 2001. Acrylique sur toile. 22 x 27 cm.
— Le doux plaisir de la régression, 1999. Acrylique sur toile marouflée sur carton. 22 x 24 cm.
— Demain, 1992. Acrylique sur toile et verre Sécurit. 22 x 35 cm.
— Fireman, 1997. Acrylique sur toile, verre et bois doré. 33 x 40 cm.
— La Cheminée d’été, 38°5, 2001. Plexiglas, néons, miroir, buche en résine, objets en plastique. 200 x 190 x 15 cm.
— Fuck off, 2001. A/t. 27 x 45 cm.
— Mur d’escalade. Ways of Life, 2000. Objets en résine, cheveux, etc. 400 x 300 cm.
— Porte-manteau rose, 1999. Fer et plastique. 50 cm de long.
— The Black One et Black On , 2001. 2 ready-made.

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