ART | EXPO

Still (time stands)

30 Oct - 09 Jan 2022
Vernissage le 30 Oct 2021

Né en 1974 à Lausanne, évoluant entre la Suisse et la France, c'est pourtant face à l'océan, au Portique, que Philippe Decrauzat présente sa nouvelle exposition, fruit de deux ans de recherches : Still (Time stands)

Il s’agit de deux installations, sur deux étages, pensées in situ au Portique, le centre d’art contemporain du Havre, pour faire dialoguer la peinture avec l’architecture du lieu. En plein cœur de cette ville, entre ciel et océan, Philippe Decrauzat joue le contraste des couples d’opposés : continu et discontinu, physique et psychique, figure et signe.

Il repense l’ancienne technique des toiles découpées, à partir du motif à symétrie multi-axiale de la croix de Malte, pour des effets visuels qui, sans être des jeux d’optique, sont une sorte de gymnastique de la perception du temps.

Decrauzat. L’ambivalence du mouvement

Une pellicule, régulièrement arrêtée, interroge : qu’est-ce qui sépare le continu du discontinu ? Quand est-ce que l’image mouvante devient fixe ? Le mouvement, du reste, n’est-il pas qu’une série discontinue de photogrammes ?

Et, par extension, le temps lui-même, de quoi se compose-t-il, si ce n’est de moments ? Quand est-ce qu’une série de moments devient une suite fluide, qui s’écoule sans heurts, de façon continue ?

Face à la pellicule, une croix de Malte comme arrêtée en plein mouvement suspend et le temps et l’espace, dans un blanc qui semble être l’absence de flux, comme l’immobilité est l’absence de passage.

Decrauzat. La sobriété des moments suspendus

« Je tire le fil d’une histoire connue et la déroule aujourd’hui. Mon travail tisse des références à la fois historiques et contemporaines. Je joue avec l’histoire de la peinture abstraite tout en l’utilisant directement » déclare Philippe Decrauzat. On retrouve en effet dans ses œuvres un jeu avec l’art dynamique, avec son histoire, ses rapports avec la science, jusqu’à la post-modernité critique actuelle, dans un mouvement d’éternel retour, qui n’est peut-être qu’une autre forme d’immobilité.

Face à son installation vidéo, d’autres toiles découpées, comme dans un écho, ou une continuation du jeu de persistance rétinienne, invitent à suivre des lignes noires sur fond blanc, à dériver sur une boucle sans fin, sur la crête entre plein et vide. L’œuvre s’intitule A line is a line is a line (anti-museum).

C’est donc un circuit visuel, entre mobile et immobile, que crée l’artiste ; une déroutante promenade entre défilement et écoulement. Le temps, comme le film, nous semble continu, et se décompose pourtant en une série de points que nous croyons fixes. Et nous restons perdus sur une trame qui peut à tout instant se dérober.