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Philippe Compagnon

PMagali Lesauvage
@12 Jan 2008

La galerie Bernard Jordan propose une exposition de toiles récentes de Philippe Compagnon. Dans le travail réminiscent de l’artiste, les œuvres, exécutées à partir d’un entrelacs de formes tubulaires aux couleurs primaires, tendent à envahir l’espace.

Abstraite, la peinture de Philippe Compagnon relève pourtant d’une concrétisation très puissante de la forme. De même que le style de Fernand Léger a pu être qualifié au début du XXe siècle de «tubiste», les toiles de Philippe Compagnon font systématiquement appel à cette forme du tube, dans une systématisation obsessionnelle du processus.

Disposées orthogonalement, selon une immuable grille, les lignes pleines qui emplissent ses toiles sont soulignées d’un large cerne noir. La rotondité des lignes est fortement suggérée par de petites lignes obliques, parfois des petits points, à la manière du dessin technique. Les couleurs, enfin, sont primaires, ou grisées.

Dans la trame serrée des lignes l’épaisseur exagérée du trait, à la manière de la gravure sur bois (ou de la bande dessinée, par les couleurs en aplats sans nuances) prend à contre-pied le sérieux de l’abstraction néo-plasticiste de Piet Mondrian.

Depuis quelques années, les formes et les couleurs simples des œuvres de Philippe Compagnon tendent à envahir l’espace. Plusieurs toiles exposées chez Bernard Jordan sont de très grand format (2 mètres de hauteur, et entre 2,80 et 4,40 mètres de large). Elles s’inscrivent dans une pratique récente de l’artiste, les peintures murales, réalisées notamment en 2006 à l’occasion d’une exposition collective au musée Matisse du Cateau-Cambrésis, et cette année pour l’Ecole d’Art de Belfort.

Dans ces œuvres, l’ironie tient une place importante. La perfection de la technique donne l’illusion qu’il s’agit plutôt d’impression de type lithographique, voire de papier peint, que réellement de peinture sur toile. Entre peinture et gravure, abstraction et figuration, les repères habituels sont troublés.
Les lignes entrecroisées semblent pouvoir se développer à l’infini, même si chaque œuvre demeure un objet pictural en soi, répondant à une composition dont la rigueur est immédiatement contredite par l’humour avec lequel l’artiste rend la forme.

Inclassable, le travail de Philippe Compagnon, ne répond, selon le philosophe et critique d’art Gérard Durozoi, à aucun style. Entre Op Art, abstraction géométrique et «tubisme», la simplicité même de sa mise en œuvre déconcerte le spectateur à la manière d’une illusion d’optique.

Philippe Compagnon
Sans titre (vert et noir), 2007. Acrylique sur toile. 200 x 240 cm
Sans titre (jaune et gris), 2007. Acrylique sur toile. 200 x 240 cm
Sans titre, 2007. Acrylique su toile. 200 x 440 cm