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Petros Chrisostomou

PJuliette Delaporte
@12 Jan 2008

Prenez garde aux envahisseurs : des monstres bizarres tout droit sortis d’une série B pénètrent sans vergogne vos salons, vos salles de séjour et vos chambres sous l’objectif délirant de Petros Chrisostomou…

Le jeune artiste Petros Chrisostomou présente à la galerie Xippas une série photographique issue de ses premiers travaux. Une dizaine de grands formats aux couleurs vives et scintillantes dépeignent un univers kitsch digne de séries B.

De drôles de créatures géantes débarquent dans des intérieurs cossus : le photographe met en scène l’instant critique de leur surgissement, lorsque le mobilier et les murs vacillent sous le coup d’une telle intrusion : dans Plotplantlandscape, des plantes carnivores géantes, chères au film La Petite Boutique des horreurs, envahissent un salon ; dans Big Wig 21, une chevelure démesurée semble glisser sur le sol marbré d’une grande pièce luxueuse ; dans Hydra, un serpent végétal à plusieurs têtes se répand sur la moquette d’un appartement.

Si le fantastique de pacotille de ces images prête déjà à rire, la découverte de leur mode de réalisation en parachève l’esprit ludique : chacune de ces spectaculaires mises en scène est le produit d’une maquette — en témoignent les pièces de monnaie qui traînent par endroits et qui donnent l’échelle minuscule des différents décors.
Le spectateur éprouve une stupéfaction devant l’écart qui sépare ces invasions comiques et monstrueuses dans des intérieurs réels, et les maquettes réalistes aux dimensions de boîtes à chaussures.

Les détails de ce travail lilliputien affluent : Strider figure un virus explosif composé de stylos bille ; Rococcobluff porte à son comble l’art de l’illusion comique : au cœur d’un décor baroque et extravagant figure une créature somptueuse faite de tissu rouge et de dragées de chewing-gum.

Au-delà de l’anecdote comique, le travail de l’artiste témoigne d’un véritable intérêt pour la technique photographique : l’utilisation du moyen format donne un piqué remarquable à chacune des pièces.
Cela rend justice au travail plastique de production de ces drôles de créatures qui sont aussi de véritables sculptures : certaines résultent d’un curieux amalgame de matériaux mêlant des éléments pauvres, tels que le carton ou les dragées de chewing-gum, à des matières végétales ou organiques.

Seduction 1 expose ainsi une créature scintillante faite de tissu, de brillants et de matière végétale dont les atours sont soulignés par les effets de contraste du net et du flou.

Alors la créature serpentine sort de son rôle d’envahisseur et révèle le plasticien sous le cinéphile : l’aspect composite des différents assemblages met au jour la recherche surréaliste et informe de Petros Chrisostomou.

Petros Chrisostomou
Big Wig 21, 2006. Photo couleur. 151 x 121 cm.
Hydra 2006. Photo couleur. 151 x 121 cm.
Hero 2006. Photo couleur. 151 x 121 cm.
Plot Plant Landscape, 2006. Photo couleur. 151 x 121 cm.
Strider, 2006. Photo couleur. 151 x 121 cm.
Spectre, 2002. Photo couleur. 119.3 x 83.7 cm.
Seduction 1, 2006.Photo couleur. 119.5 x 80 cm.
Rococco Bluff 1, 2003. Photo couleur. 119.5 x 80 cm.
Anastasia 1, 2005. Photo couleur. 80 x 119.4 cm.

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