ART | CRITIQUE

Peter Downsbrough

PAugustin Besnier
@17 Déc 2010

À travers cinq compositions de lignes et une quinzaine d’impressions sur papier, l’artiste américain Peter Downsbrough poursuit son travail à la galerie Martine Aboucaya sur la coïncidence des dimensions, la modulation des perspectives et les jeux de perception. À voir, en dépit de conditions d’exposition peu optimales.

«Point et ligne sur plan», titrait Kandinsky. Peter Downsbrough met la formule au carré et propose chez Martine Aboucaya des lignes et plans en espace qui restructurent les dimensions.
De simples combinaisons de lignes tracées aux murs ou traversant l’espace, de mots à demi dérobés ou apposés sur «l’envers», suffisent à inverser les coordonnées spatiales et à redéployer les perspectives.

Close/Open (2010), certainement l’œuvre la plus troublante de l’exposition, qu’un manque de recul ne permet cependant pas d’appréhender comme il faudrait, s’ordonne autour d’un mince tube noir franchissant la salle verticalement. À ses extrémités, deux lignes parallèles tracent des ombres portées et dessinent avec lui les côtés d’un cadre dématérialisé. Par un jeu d’optique, l’œuvre rend sensible un plan en suspens, feuillet d’espace vide que viendraient clore ou étirer dans l’œil du spectateur deux autres lignes fixées aux murs.

Autre (2010) renverse le processus. Un grand rectangle noir peint à même la cimaise, une ligne horizontale courant à quelques décimètres du sol, le mot «Autre» écrit à l’envers, et nous voilà de l’autre côté du mur, hors d’un ailleurs que l’on conçoit sans vraiment le voir. À l’inverse de l’œuvre précédente, où le volume se perçoit dans une bidimensionnalité virtuelle, le plan acquiert ici une profondeur abstraite.

Lien (2010) synthétise le procédé. Deux lignes noires descendent du plafond. L’une rejoint le sol, l’autre s’arrête à mi-chemin. Sur le mur voisin, une demi-droite surmontée du mot «Lien» poursuit et achève la trajectoire, par simple raccord visuel ou sémantique.

Le vocabulaire est élémentaire. Mais la simplicité des lignes et des matériaux suffit à ouvrir les cadres, à redessiner l’espace et à déborder les limites du volume. L’on regrettera néanmoins que la configuration et les dégradations apparentes du lieu parasitent la pureté des tracés et la perception des espaces qu’ils esquissent. Les mots-clés qui intègrent chacune des œuvres («Open», «Close», «Et», «Autre», etc.) devraient être ici les seuls indices d’une réordonnance spatiale.
C’est pourquoi la série d’impressions sur papier, qui décline le processus de l’entre-deux par des agencements de carrés et de signes lexicaux («Next», «Link», «Split», «But», «And», etc.), s’apprécie mieux : la surface est formatée et encadrée, mais le jeu formel, plus simple en apparence, est aussi efficace.

S’il n’y a rien de bien nouveau dans cet ensemble, les coïncidences spatiales et les jeux sémantiques que Peter Downsbrough travaille depuis près de quarante ans sont toujours aussi étonnants et s’expérimentent avec le même intérêt. À condition que l’on leur offre les conditions d’exposition qu’ils méritent.